{"id":1811,"date":"2017-09-22T01:05:00","date_gmt":"2017-09-21T23:05:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.anjela.org\/oberenn\/?page_id=1811"},"modified":"2020-06-09T11:59:18","modified_gmt":"2020-06-09T09:59:18","slug":"anjela-duval-aujourdhui","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.anjela.org\/oberenn\/anjela-duval-aujourdhui\/","title":{"rendered":"Anjela Duval aujourd\u2019hui"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Ronan Le Coadic <a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">*<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si la litt\u00e9rature bretonne d&rsquo;expression fran\u00e7aise b\u00e9n\u00e9ficie de la renomm\u00e9e d&rsquo;auteurs prestigieux tels que Chateaubriand, Lamennais ou Ernest Renan, la litt\u00e9rature en langue bretonne, elle, est fort m\u00e9connue. Presque totalement inconnue hors des fronti\u00e8res p\u00e9ninsulaires parce qu&rsquo;elle a \u00e9t\u00e9 peu traduite, elle est mal connue en Bretagne m\u00eame, en raison d&rsquo;un contexte sociolinguistique particulier. La langue bretonne, en effet, a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s t\u00f4t d\u00e9laiss\u00e9e par les classes dirigeantes bretonnes, fascin\u00e9es par la cour de France&nbsp;; le dernier souverain breton \u00e0 s&rsquo;exprimer en langue bretonne fut Alain IV Fergant, au d\u00e9but du XII<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle. Par la suite, plusieurs si\u00e8cles apr\u00e8s l&rsquo;annexion de la Bretagne par la France, le breton a \u00e9t\u00e9 combattu par l&rsquo;\u00c9tat. Cette lutte linguistique, instaur\u00e9e lors de la Terreur r\u00e9volutionnaire, a \u00e9t\u00e9 relanc\u00e9e par la&nbsp;III<sup>e<\/sup> R\u00e9publique, qui a interdit la pr\u00e9dication en breton dans les \u00e9glises et a incit\u00e9 les instituteurs publics \u00e0 punir les enfants qui parlaient breton \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole. Tout ceci a contribu\u00e9 \u00e0 faire du breton une langue populaire d&rsquo;expression essentiellement orale, dont la pratique s&rsquo;est effondr\u00e9e apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale. Toutefois, \u00e0 partir du&nbsp;XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle et surtout des ann\u00e9es trente, une poign\u00e9e de lettr\u00e9s s&rsquo;est efforc\u00e9e de r\u00e9nover la langue bretonne et de la doter d&rsquo;une litt\u00e9rature de qualit\u00e9. Cependant, leur effort \u00e9litiste, s&rsquo;il a port\u00e9 d&rsquo;incontestables fruits, a laiss\u00e9 derri\u00e8re lui la masse de la population bretonnante (1 100 000 personnes en 1950, 250&nbsp;000 en 1990), incapable de lire en breton. On se trouve donc \u00e0 pr\u00e9sent dans une situation paradoxale&nbsp;: des auteurs de talent, issus de l&rsquo;intelligentsia r\u00e9gionale mais rarement bretonnants de langue maternelle, \u00e9crivent en breton une litt\u00e9rature qui se veut universelle mais qui est \u00e0 la fois inaccessible aux non-bretonnants parce qu&rsquo;elle n&rsquo;est g\u00e9n\u00e9ralement pas traduite et incompr\u00e9hensible par les locuteurs natifs, puisqu&rsquo;ils sont illettr\u00e9s dans leur langue maternelle\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 cet \u00e9gard, un auteur se distingue toutefois du lot. Il s&rsquo;agit de la po\u00e9tesse Anjela Duval. D&rsquo;une part, une fraction de son \u0153uvre a \u00e9t\u00e9 traduite et publi\u00e9e en <a href=\"https:\/\/www.anjela.org\/oberenn\/poemes-traduits-en-francais\/\">fran\u00e7ais<\/a><a href=\"https:\/\/www.anjela.org\/oberenn\/poemes-traduits-en-francais\/\" name=\"_ednref1\"><\/a>, en <a href=\"https:\/\/www.anjela.org\/oberenn\/poems\/?lang=en\">anglais<\/a> et en diverses <a href=\"https:\/\/www.anjela.org\/oberenn\/barzhonegou\/?lang=bz\">autres langues<\/a>. D&rsquo;autre part, paysanne bretonnante de langue maternelle mais en m\u00eame temps \u00e9rudite, elle s&rsquo;est exprim\u00e9e en une langue admirable, qui constitue un pont entre le breton litt\u00e9raire et le breton populaire et dialectal. Ce n&rsquo;est d&rsquo;ailleurs pas seulement son \u0153uvre qui la diff\u00e9rencie des autres auteurs bretons, c&rsquo;est toute sa vie et nous tenterons, dans le pr\u00e9sent article, de mettre l&rsquo;accent sur les enseignements de port\u00e9e universelle que l&rsquo;une et l&rsquo;autre rec\u00e8lent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Anjela Duval s&rsquo;est consacr\u00e9e \u00e0 chercher la v\u00e9rit\u00e9 au-del\u00e0 des apparences et sans se soucier, en aucune mani\u00e8re, de ce que ses contemporains pouvaient penser d&rsquo;elle ou de sa qu\u00eate. Elle a combattu sa vie durant pour mettre ses actes en accord avec ses pens\u00e9es. Enfin, elle a trouv\u00e9 le bonheur en donnant sa vie aux autres\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\"><\/a><\/p>\n<h2>I. Qu\u00eate de v\u00e9rit\u00e9<\/h2>\n<p style=\"text-align: right;\"><em>Sell petra &lsquo;ri <sup id=\"1r\">&nbsp;<a href=\"#1a\">1<\/a><\/sup><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Anjela Duval a pass\u00e9 sa vie \u00e0 m\u00e9diter. Nul de ceux qui l&rsquo;ont lue attentivement ou de ceux qui ont eu la chance de la fr\u00e9quenter ne peut en douter. N\u00e9e en 1905, elle n&rsquo;a commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9crire qu&rsquo;au d\u00e9but des ann\u00e9es soixante. Toutefois, pendant ses cinquante-cinq premi\u00e8res ann\u00e9es, en plus de cultiver la terre et de soigner ses parents, elle a patiemment forg\u00e9 sa sagesse. Sa conception de la vie reposait sur trois id\u00e9aux&nbsp;: l&rsquo;amour de la nature, la spiritualit\u00e9 et l&rsquo;amour de son peuple.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>C&rsquo;hwi &lsquo;oar mat Aotrou<br \/>\n<\/em><em>Pere eo ar Palio\u00f9 a glaskan<br \/>\n<\/em><em>Tizhout peogwir eo c&rsquo;hwi<br \/>\n<\/em><em>hoc&rsquo;h eus o diskouezet din<br \/>\n<\/em><em>Ar Feiz. Ar Vro. Douar ar Vro<a href=\"#_edn2\" name=\"_ednref2\"><\/a>. <a href=\"https:\/\/www.anjela.org\/oberenn\/aotrou-va-lezit-choazh\/?lang=bz\">*<\/a><br \/>\n<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces trois id\u00e9aux formaient ensemble un syst\u00e8me logique et puissant. N\u00e9anmoins, afin de tenter de comprendre Anjela Duval, il nous faut les \u00e9tudier s\u00e9par\u00e9ment.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;amour de la nature<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le g\u00e9nie g\u00e9n\u00e9tique a progress\u00e9 tr\u00e8s rapidement depuis la mort d&rsquo;Anjela Duval. Et il est all\u00e9 tr\u00e8s loin : l&rsquo;homme peut d\u00e9sormais modifier la nature vivante. Il peut donner des enfants aux parents st\u00e9riles, cr\u00e9er des plantes et des animaux transg\u00e9niques et m\u00eame cloner des animaux \u2014 voire bient\u00f4t des \u00eatres humains \u2014, c&rsquo;est-\u00e0-dire les reproduire en laboratoire \u00e0 partir d&rsquo;une seule de leurs cellules\u2026 Ces avanc\u00e9es biotechnologiques constituent un progr\u00e8s pour la recherche m\u00e9dicale : elles devraient permettre d&rsquo;aider \u00e0 produire des vaccins contre des maladies terribles (telles que l&rsquo;h\u00e9patite B, le sida ou la tuberculose) ainsi que de d\u00e9couvrir le g\u00e8ne de certaines maladies et \u2014 bient\u00f4t peut-\u00eatre \u2014 de modifier ces g\u00e8nes afin d&rsquo;\u00e9radiquer les maladies dont ils sont porteurs. Les biotechnologies sont utiles \u00e9galement sur le plan \u00e9conomique : elles permettent, notamment, de produire un b\u00e9tail et des plantes de plus en plus performants. Cependant, toutes ces techniques posent \u00e9galement de graves probl\u00e8mes \u00e9thiques : jusqu&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;homme peut-il modifier la nature ? Quelles limites la soci\u00e9t\u00e9 souhaite-t-elle fixer aux interventions effectu\u00e9es sur des \u00eatres vivants&nbsp;?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il \u00e9tait impossible, il y a vingt ans, d&rsquo;envisager ce que le g\u00e9nie g\u00e9n\u00e9tique pourrait faire aujourd&rsquo;hui. Anjela Duval ne pouvait donc pas en parler. Toutefois, les r\u00e9flexions de la po\u00e9tesse \u00e0 propos de la nature peuvent contribuer \u00e0 nous aider \u00e0 constituer notre opinion sur ces probl\u00e8mes contemporains. Pour elle, la nature est \u00ab un don de Dieu \u00bb ; un don dont nous pouvons profiter, \u00e0 condition de le respecter et de l&rsquo;aider \u00e0 fructifier. L&rsquo;homme n&rsquo;\u00e9tant qu&rsquo;une partie de la nature, il doit, selon elle, demeurer humble et modeste. Sa conception du monde va compl\u00e8tement \u00e0 l&rsquo;encontre de celle des chercheurs et des forces \u00e9conomiques qui les soutiennent. Comme Descartes, ces derniers pensent plut\u00f4t que les hommes doivent \u00ab se rendre comme ma\u00eetres et possesseurs de la nature&nbsp;\u00bb<sup id=\"1r\">&nbsp;<a href=\"#2a\">2<\/a><\/sup>. Nous avons donc l\u00e0 deux modes de pens\u00e9e totalement oppos\u00e9s, comme les p\u00f4les d&rsquo;un m\u00eame axe. O\u00f9 se situe la v\u00e9rit\u00e9 ? Dans l&rsquo;humilit\u00e9 d&rsquo;Anjela Duval et son respect de la nature ? Ou dans la confiance orgueilleuse de Descartes en l&rsquo;humanit\u00e9 ? Il est difficile de r\u00e9pondre. N\u00e9anmoins, il est temps de lancer un vaste d\u00e9bat sur ces questions&nbsp;: les progr\u00e8s g\u00e9n\u00e9tiques constituent l&rsquo;un des probl\u00e8mes les plus complexes et les plus importants du XXI<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle naissant. Et Anjela Duval nous propose un point de vue tranch\u00e9 dont il convient de tenir compte pour prendre les d\u00e9cisions qui vont s&rsquo;imposer, quelles qu&rsquo;elles soient.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Anjela Duval consid\u00e9rait que la nature et la terre ne prodiguent leurs bienfaits qu&rsquo;en fonction de ce que l&rsquo;homme leur donne. C&rsquo;est pourquoi on peut dire qu&rsquo;elle \u00e9tait une \u00ab \u00e9cologiste \u00bb avant la lettre. Elle anticipait, dans ses po\u00e8mes de combat comme dans ses plaidoyers contre les ravages caus\u00e9s \u00e0 la nature, une partie des catastrophes \u00e9cologiques qui menacent \u00e0 pr\u00e9sent l&rsquo;humanit\u00e9. Dans <a href=\"https:\/\/www.anjela.org\/oberenn\/sahara\/?lang=bz\">\u00ab Sahara ?&nbsp;\u00bb,<\/a> elle \u00e9voquait la d\u00e9forestation et le changement climatique qui nous inqui\u00e8tent aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Evel un daolenn fin ar Bed<\/em><br \/>\n<em>Ar blaenenn arblaen en dremmwel<\/em><br \/>\n<em>Forzh kelano\u00f9 ramzel<\/em><br \/>\n<em>O izili a-strew, o sev o tivera\u00f1<\/em><br \/>\n<em>Ar gwez meur dibennet<\/em><br \/>\n<em>(O drouklazh an Inosanted !) <a href=\"http:\/\/www.anjela.org\/oberenn\/sahara\/?lang=bz\">*<\/a><br \/>\n<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle ne voyait aucune fatalit\u00e9 dans ces d\u00e9vastations mais mettait en cause la responsabilit\u00e9 de l&rsquo;homme\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Ken sot, ken kriz ha ken emgar<\/em><br \/>\n<em>Gant e holl skianto\u00f9<\/em><br \/>\n<em>Hep koustia\u00f1s &lsquo;bet mui<\/em><br \/>\n<em>Hag e ourgouilh divent<a href=\"#_edn5\" name=\"_ednref5\"><\/a>. <a href=\"#6a\">*<\/a><br \/>\n<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il en est de m\u00eame en ce qui concerne la question de l&rsquo;eau. Anjela Duval estimait que les nouveaux modes de production des agriculteurs bretons \u00e9taient tr\u00e8s p\u00e9rilleux&nbsp;:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\">\u00ab&nbsp;Je ne consentirai jamais \u00e0 ce que ces terres soient soumises au traitement que l&rsquo;on pratique actuellement. De nos jours, on \u00e9puise la terre \u00e0 force d&rsquo;engrais. J&rsquo;en mets \u00e9galement. Mais le moins possible. Mon fumier ne suffit pas. Si j&rsquo;avais \u00e9t\u00e9 plus jeune, je me serais laiss\u00e9e tenter par l&rsquo;agriculture biologique. [\u2026] Je consid\u00e8re comme des empoisonneurs la plupart des producteurs de choux-fleurs, de pommes de terre primeurs. Ils mettent trop d&rsquo;engrais<sup id=\"3r\">&nbsp;<a href=\"#3a\">2<\/a><\/sup>.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces propos ne sont peut-\u00eatre gu\u00e8re diff\u00e9rents de ce que l&rsquo;on entend \u00e0 pr\u00e9sent en Bretagne et ailleurs, maintenant que l&rsquo;eau est pollu\u00e9e et qu&rsquo;il para\u00eet clair \u00e0 tout le monde que l&rsquo;on est all\u00e9 trop loin sur la voie du productivisme. Toutefois, Anjela Duval s&rsquo;exprimait en ces termes d\u00e8s les ann\u00e9es soixante-dix ! En outre, ce ne sont pas les agriculteurs qu&rsquo;elle accusait en premier lieu, mais les banques et les firmes multinationales qui les poussaient \u00e0 accro\u00eetre leur rendement ; elle mettait en cause \u00ab le grand capital, le corrupteur, l&rsquo;exploiteur \u00bb <sup>3<\/sup><sup id=\"8r\"><\/sup>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Trente ans apr\u00e8s, du haut de leurs tracteurs ou du fond de leurs immenses serres, les agriculteurs ne sont plus en contact direct avec la terre comme l&rsquo;\u00e9taient jadis leurs anc\u00eatres, ou comme l&rsquo;\u00e9tait Anjela Duval dans sa ferme. Nous disions, ci-dessus, qu&rsquo;un agneau a \u00e9t\u00e9 obtenu d&rsquo;une brebis sans accouplement \u00e0 un mouton&nbsp;; mais il y a bien longtemps que l&rsquo;on peut \u2014 de fa\u00e7on industrielle \u2014 produire des l\u00e9gumes sans employer la moindre pinc\u00e9e de terre\u2026 Peu \u00e0 peu, l&rsquo;homme, se d\u00e9tachant de la vie \u00ab&nbsp;naturelle&nbsp;\u00bb, devient une sorte de dieu capable de cr\u00e9er et de modifier la vie dans ses laboratoires. Anjela Duval, \u00e0 l&rsquo;inverse, avait le sentiment de n&rsquo;\u00eatre qu&rsquo;un \u00e9l\u00e9ment de la nature infinie, cosmique&nbsp;; elle vivait une relation physique avec la terre&nbsp;: \u00ab&nbsp;la terre est comme mon deuxi\u00e8me corps&nbsp;\u00bb, disait-elle souvent. Cela faisait partie de sa spiritualit\u00e9. Par exemple, dans \u00ab&nbsp;Bennozh dit&nbsp;\u00bb, elle dit \u00e0 Dieu&nbsp;:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">Te &lsquo;ro an douar, ar glav hag ar wrez<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Me &lsquo;demz, a had, a c&rsquo;hwenn, a eost<sup> <a href=\"http:\/\/www.anjela.org\/oberenn\/bennozh-dit\/?lang=bz\">*<\/a><\/sup><a href=\"#_edn8\" name=\"_ednref8\"><\/a>.<\/span><\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">La spiritualit\u00e9<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Notre soci\u00e9t\u00e9 \u2014 c&rsquo;est un lieu commun \u2014 est aujourd&rsquo;hui en qu\u00eate de sens. Hier, des mod\u00e8les clairs \u00e9taient offerts, ou impos\u00e9s, par les id\u00e9ologies religieuses ou politiques, par la famille et l&rsquo;\u00e9cole. \u00c0 pr\u00e9sent, et depuis d\u00e9j\u00e0 longtemps dans les pays occidentaux, les religions d\u00e9clinent&nbsp;; les id\u00e9aux politiques s&rsquo;effondrent, surtout depuis la chute du Mur de Berlin&nbsp;; la famille a \u00e9t\u00e9 secou\u00e9e par les \u00e9v\u00e9nements de 1968&nbsp;: le mod\u00e8le patriarcal d&rsquo;autrefois a explos\u00e9 et il n&rsquo;existe pas de nouveau mod\u00e8le unique&nbsp;; enfin, l&rsquo;\u00e9cole est en pleine crise\u2026 Par cons\u00e9quent, il devient de plus en plus difficile de comprendre le monde et surtout de savoir comment \u00ab&nbsp;bien&nbsp;\u00bb se comporter dans la vie&nbsp;: il n&rsquo;existe plus de r\u00e9f\u00e9rence commune. Chacun proc\u00e8de \u00e0 son propre bricolage de son c\u00f4t\u00e9, sans \u00eatre s\u00fbr d&rsquo;agir convenablement. Anjela Duval avait parfaitement per\u00e7u ces changements, en particulier sur le plan religieux. Mais elle-m\u00eame ne les avait pas v\u00e9cus. Sa spiritualit\u00e9 intense, immense et simple, lui \u00e9tait venue de la foi catholique populaire bretonne&nbsp;: elle \u00e9tait marqu\u00e9e par le culte des morts et des anciens saints nationaux. La foi donnait son sens \u00e0 sa vie et \u00e0 tout ce qu&rsquo;elle voyait autour d&rsquo;elle. Par exemple, quand les arbres \u00e9taient enflamm\u00e9s par les couleurs de l&rsquo;automne, c&rsquo;\u00e9tait \u00e0 ses yeux parce que Dieu avait fait\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">Mil ha mil damm<br \/>\n<\/span><span style=\"font-size: 10pt;\">Eus e vantell roueel<br \/>\n<\/span><span style=\"font-size: 10pt;\">Evit gwiska\u00f1 ar gwez<br \/>\n<\/span><span style=\"font-size: 10pt;\">Gant aour ha limestra <a href=\"http:\/\/www.anjela.org\/oberenn\/deliou-ruz-deliou-melen\/?lang=bz\">*<\/a><\/span><a href=\"#_edn10\" name=\"_ednref10\"><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle voyait Dieu partout et lui parlait comme aux vieux saints nationaux ou aux morts. En fait, beaucoup de ses po\u00e8mes \u00e9taient de v\u00e9ritables pri\u00e8res.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La foi conduit parfois \u00e0 l&rsquo;extr\u00e9misme. Mais ceci est peu fr\u00e9quent en Bretagne. Au contraire, m\u00eame&nbsp;: l&rsquo;\u00e9vangile a toujours \u00e9t\u00e9 interpr\u00e9t\u00e9 par les Bretons comme un message de paix. Et leurs traditions politiques sont plut\u00f4t pacifiques. On peut m\u00eame se demander, bien que la pratique catholique se soit effondr\u00e9e en Bretagne, si les r\u00e9miniscences de catholicisme qui leur restent ne contribuent pas \u00e0 expliquer que les Bretons votent deux fois moins que la moyenne fran\u00e7aise pour l&rsquo;extr\u00eame droite. En tout cas, la foi d&rsquo;Anjela Duval \u00e9tait tr\u00e8s forte mais pacifique et ouverte aux autres spiritualit\u00e9s, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de l&rsquo;islam, du bouddhisme ou d&rsquo;autres. L\u00e0 encore, elle anticipait sur un comportement tr\u00e8s moderne, sans tomber dans les pi\u00e8ges que l&rsquo;on trouve \u00e0 pr\u00e9sent ici ou l\u00e0 : il est clair, en effet, que beaucoup de gens effectuent aujourd&rsquo;hui une qu\u00eate spirituelle. Souvent, ils cherchent \u00e0 \u00e9tancher leur soif spirituelle en combinant, de fa\u00e7on syncr\u00e9tique, des \u00e9l\u00e9ments spirituels de provenances diverses. Malheureusement, il arrive que des sectes profitent de ces recherches pour manipuler les esprits les plus fragiles. Sur ce plan, Anjela Duval, \u00e0 force de lectures, connaissait assez bien le druidisme de ses anc\u00eatres, de m\u00eame que le bouddhisme et de nombreuses autres croyances. Et toutes l&rsquo;\u00e9mouvaient. N\u00e9anmoins, elle ne serait jamais tomb\u00e9e dans le pi\u00e8ge des sectes parce que, pr\u00e9cis\u00e9ment, les fondements de sa foi simple, transmis par ses parents, \u00e9taient solides.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La spiritualit\u00e9 d&rsquo;Anjela Duval n&rsquo;\u00e9tait cependant pas exclusivement constitu\u00e9e d&rsquo;une foi catholique populaire m\u00e2tin\u00e9e de la connaissance livresque de diverses croyances du monde. Elle \u00e9tait \u00e9galement une authentique mystique, \u00e9merveill\u00e9e par la vie et en communion avec tous les \u00eatres vivants, aussi petits et aussi laids soient-ils.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">A&nbsp;! Na damant am bez me da bep kammed<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Damant da flastra\u00f1, da frika\u00f1<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">A-hed ar wenodenn pe &lsquo;dreuz ar park<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Boudo\u00f9igo\u00f9 uvel dindan sol va zroad&nbsp;:<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Ar c&rsquo;hwil glas souchet er spoue,<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Ar verienenn vunut o treina\u00f1<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Gant mil boan ha mil ijin<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Ar verr-blouzenn d&rsquo;he c&rsquo;hrugell.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Bleu\u00f1vigo\u00f9 koantik damguzhet el leton,<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">O striva\u00f1 da zigeri\u00f1 o c&rsquo;halon d&rsquo;an Heol<a href=\"#_edn13\" name=\"_ednref13\"><\/a>.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ceci, me semble-t-il, n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 compris de tous ses lecteurs. Il n&rsquo;y avait chez elle aucune sensiblerie&nbsp;; Anjela Duval se sentait proche de tous les \u00eatres vivants parce qu&rsquo;elle se sentait au m\u00eame niveau qu&rsquo;eux, ni plus ni moins, et qu&rsquo;elle \u00e9prouvait de la fraternit\u00e9 envers eux. Sa spiritualit\u00e9 \u00e9tait proche sur ce point de celle des bouddhistes. Pour autant, elle \u00e9tait loin de donner tout son amour aux animaux ou aux plantes, elle n&rsquo;\u00e9tait pas une d\u00e9\u00e7ue de l&rsquo;humanit\u00e9&nbsp;! Son amour allait d&rsquo;abord \u00e0 l&rsquo;humanit\u00e9, dans son ensemble. Au sein de celle-ci, elle \u00e9prouvait une solidarit\u00e9 particuli\u00e8re envers ses \u00ab&nbsp;fr\u00e8res de peine&nbsp;\u00bb, les paysans, et envers son peuple, les Bretons.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Le patriotisme<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous vivons \u2014 encore un lieu commun ! \u2014 dans un monde qui s&rsquo;unifie, m\u00eame si les diff\u00e9rences entre les peuples demeurent consid\u00e9rables. Cette unification \u2014 uniformisation, diront certains \u2014 provient simultan\u00e9ment des progr\u00e8s des technologies de l&rsquo;information et des relations \u00e9conomiques qui s&rsquo;acc\u00e9l\u00e8rent sans cesse. Toutefois, parall\u00e8lement \u00e0 ce mouvement g\u00e9n\u00e9ral d&rsquo;uniformisation, on voit partout dans le monde des hommes et des femmes se replier sur eux-m\u00eames avec angoisse. Le danger existe et est souvent \u00e9voqu\u00e9 d&rsquo;une \u00ab balkanisation \u00bb du monde. Anjela Duval n&rsquo;aurait pas aim\u00e9 que les Bretons se replient sur eux-m\u00eames. Apparemment, elle n&rsquo;avait pratiquement jamais quitt\u00e9 sa ferme, ni la Bretagne. Elle le dit dans un de ses po\u00e8mes :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">Sev all ebet n&rsquo;am eus sunet<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Na taolet troad war douar all<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Met da hini, va Breizh din-me<\/span><a href=\"#_edn14\" name=\"_ednref14\"><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pourtant, elle n&rsquo;\u00e9tait absolument pas ferm\u00e9e sur elle-m\u00eame. Au contraire, quand elle \u00e9crit : \u00ab Celui qui reste dans sa maison n&rsquo;aime pas le vent \u00bb, elle veut dire qu&rsquo;il n&rsquo;est pas bon de demeurer repli\u00e9 sur soi-m\u00eame. D&rsquo;ailleurs, ses nombreux visiteurs \u00e9taient frapp\u00e9s par son savoir et sa connaissance du monde. Autodidacte, elle \u00e9tait d&rsquo;une grande curiosit\u00e9 intellectuelle : elle d\u00e9vorait avec voracit\u00e9 tous les ouvrages, revues et journaux qui lui passaient sous la main. De plus, elle \u00e9coutait r\u00e9guli\u00e8rement la radio. Il \u00e9tait surprenant de constater comme elle \u00e9tait bien inform\u00e9e des \u00e9v\u00e9nements et des probl\u00e8mes de la plan\u00e8te enti\u00e8re. Nombre de ses po\u00e8mes montrent qu&rsquo;elle \u00e9tait pr\u00e9occup\u00e9e par les malheurs du monde. Par exemple \u00ab Darbodo\u00f9 \u00bb, ou \u00ab&nbsp;Lagad an heol \u00bb, o\u00f9 le soleil se plaint en ces termes :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">\u2014 Gwelet &lsquo;m eus tud o vervel gant ar riv.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Gwelet &lsquo;m eus tud o vervel gant an naon.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Gwelet tud o vervel gant an dic&rsquo;hoanag.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Gwelet tud o lazha\u00f1 tud, breudeur o &lsquo;n em daga\u00f1.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Gwelet &lsquo;m eus poblo\u00f9 mac&rsquo;het.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Gwelet ur penntiern meur o kouezha\u00f1 dindan boled ur foll.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Gwelet forzh tud o le\u00f1va\u00f1<a href=\"#_edn16\" name=\"_ednref16\"><\/a>.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si Anjela Duval n&rsquo;\u00e9tait pas encline \u00e0 se replier sur elle-m\u00eame, elle n&rsquo;\u00e9tait pas non plus d&rsquo;accord \u2014 et m\u00eame pas du tout&nbsp;! \u2014 avec le reniement et la n\u00e9gation de soi. Parmi ses nombreux visiteurs, elle recevait souvent des Bretons honteux de leur langue qui, selon une formule r\u00e9pandue \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, lui disaient, pour justifier qu&rsquo;ils s&rsquo;expriment en fran\u00e7ais&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je ne parle pas le breton mais je le comprends.&nbsp;\u00bb Elle leur r\u00e9pondait alors, narquoise&nbsp;: \u00ab&nbsp;Oui, c&rsquo;est comme mes chiens&nbsp;; ils ne parlent pas le breton non plus, mais ils le comprennent&nbsp;!&nbsp;\u00bb Elle \u00e9tait outr\u00e9e de voir les Bretons abandonner leur langue\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">Perak &lsquo;komzfec&rsquo;h ur yezh estren<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">D&rsquo;o Bro, d&rsquo;ho Pugale ?<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Torfed terri\u00f1 ar chadenn aour<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">&lsquo;Ma\u00f1 hon Enor enni.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;une des grandes le\u00e7ons d&rsquo;humanit\u00e9 d&rsquo;Anjela Duval a \u00e9t\u00e9, pr\u00e9cis\u00e9ment, de se battre contre le reniement. Pas seulement par la pens\u00e9e mais \u00e9galement par des actes. Elle n&rsquo;a, en effet, jamais cess\u00e9 de se battre tout au long de sa vie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ednref1\" name=\"_edn1\"><\/a><\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\">II. Combats<\/h2>\n<p style=\"text-align: right;\"><em>Feal on bet atav d&rsquo;am ger-stur&nbsp;:<\/em><br \/>\n<em>Stourm a ran war bep tachenn. <a href=\"http:\/\/www.anjela.org\/oberenn\/piv\/?lang=bz\">*<\/a><br \/>\n<\/em><\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Les combats de la vie<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;agriculture est un combat qui recommence sans cesse, comme le montre Anjela Duval dans sa po\u00e9sie. Son premier combat a toujours \u00e9t\u00e9 la lutte contre les \u00e9l\u00e9ments. Seule dans sa ferme, elle travaillait aussi durement que l&rsquo;aurait fait un homme avec, pourtant, moins de force physique et, de plus, une mauvaise sant\u00e9. Elle n&rsquo;avait pas de tracteur pour cultiver, seulement une jument. Beaucoup de ses lecteurs, citadins, n&rsquo;avaient pas \u2014 et n&rsquo;ont toujours pas \u2014 la moindre id\u00e9e de la p\u00e9nibilit\u00e9 du m\u00e9tier d&rsquo;agriculteur. Le paysan est parfois un esclave. Et beaucoup des visiteurs d&rsquo;Anjela Duval ne se rendaient pas compte qu&rsquo;en prenant un peu de son temps pr\u00e9cieux ils lui rendaient la vie encore plus dure. Mais quand, en plus, ils venaient \u00e0 se moquer de \u00ab&nbsp;ses fr\u00e8res paysans&nbsp;\u00bb, alors, elle n&rsquo;en pouvait plus\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">Er-maez&nbsp;!<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Ya er-maez, c&rsquo;hwi&nbsp;!<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Ne fell ket din.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Ne c&rsquo;houza\u00f1vi\u00f1 morse<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">&lsquo;Vefe dismega\u00f1set em zi<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Va Breudeur a boan&nbsp;:<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Servijerien an Douar<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Douar santel va Bro<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Hor Bro. Hor Mamm-Vro&nbsp;!<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Va Breudeur Peizanted<a href=\"#_edn3\" name=\"_ednref3\"><\/a>.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le travail de la terre n&rsquo;a n\u00e9anmoins pas \u00e9t\u00e9 son seul combat quotidien&nbsp;: d\u00e8s l&rsquo;enfance, elle a d\u00fb lutter pour vivre. Elle a \u00e9t\u00e9 atteinte d&rsquo;une grave maladie des os d\u00e8s l&rsquo;\u00e2ge de six ans, qui l&rsquo;a emp\u00each\u00e9e d&rsquo;aller \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de huit ans. Et tout le restant de sa vie, sa sant\u00e9 a \u00e9t\u00e9 chancelante&nbsp;; on retrouve d&rsquo;ailleurs constamment le th\u00e8me de la maladie et de la souffrance dans son \u0153uvre. Plus encore, peut-\u00eatre, au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es, au fur et \u00e0 mesure que sa maladie empirait et que ses peines s&rsquo;aggravaient. Cependant, elle a \u00e9galement d\u00fb combattre contre elle-m\u00eame.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Le combat contre soi-m\u00eame<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le fait de rester seule \u00e0 la t\u00eate de sa ferme de Trao\u00f1-an-Dour fut un choix de la part d&rsquo;Anjela Duval. Elle avait eu au cours de sa jeunesse de nombreux pr\u00e9tendants, parmi lesquels l&rsquo;un sut gagner son c\u0153ur. C&rsquo;\u00e9tait un jeune officier de marine, devenu, para\u00eet-il, capitaine au long cours, par la suite. Ils \u00e9taient sur le point de se marier quand soudain leur couple \u00e9clata. Que s&rsquo;\u00e9tait-il pass\u00e9&nbsp;? On ne le sait pas exactement. Apparemment, le jeune marin lui aurait propos\u00e9 de quitter sa carri\u00e8re pour prendre un commerce avec elle mais elle aurait refus\u00e9 de quitter sa ferme. Ils se s\u00e9par\u00e8rent, donc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">E korn va c&rsquo;halon zo ur gleizenn<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">&lsquo;Baoe va yaouankiz he dougan<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Rak siwazh, an hini a garen<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Ne gare ket pezh a garan<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">E\u00f1 na gare nemet ar c&rsquo;h\u00eario\u00f9<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Ar morio\u00f9 don, ar broio\u00f9 pell<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Ha ne garen &lsquo;met ar maezio\u00f9<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Maezio\u00f9 ken kaer va Breizh-Izel<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La blessure de cet \u00e9chec sentimental est demeur\u00e9e dans le c\u0153ur d&rsquo;Anjela Duval jusqu&rsquo;\u00e0 la fin de sa vie. Seule, apr\u00e8s la mort de ses parents \u2014 bien qu&rsquo;elle aime profond\u00e9ment la nature et qu&rsquo;elle se sente en harmonie avec tous les \u00eatres qui l&rsquo;entouraient \u2014, elle \u00e9prouva parfois un vif sentiment de m\u00e9lancolie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">Va-un&rsquo; war an douar, va-un&rsquo; en ur Bed kriz<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Dare on da sempla\u00f1, trec&rsquo;het gant an enkrez<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sa m\u00e9lancolie et son chagrin furent particuli\u00e8rement aigus au cours des ann\u00e9es cinquante&nbsp;; par la suite, l&rsquo;\u00e9criture l&rsquo;aida \u00e0 les vaincre. Toutefois, m\u00eame apr\u00e8s qu&rsquo;elle se fut adonn\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9criture, Anjela Duval perdait parfois des combats contre ces maux, mais elle le dissimulait\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">Arabat samma\u00f1 seurt sammo\u00f9<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">War divskoaz ar re yaouank.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">&lsquo;Pad ma c&rsquo;hell ar c&rsquo;hozhiad<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">O dougen e-unan.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Ret mousc&rsquo;hoarzhin d&rsquo;o mousc&rsquo;hoarzh.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Zoken pa vroud ar boan grisa\u00f1.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Ret eo maga\u00f1 dezho o spi<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">En un Dazont a vo o hini<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Hag a baeo kantvedo\u00f9 mezh<a href=\"#_edn6\" name=\"_ednref6\"><\/a>\u2026<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Anjela Duval passa sa vie dans la pauvret\u00e9. Non que son exploitation agricole lui eut interdit de vivre autrement. Mais il semble qu&rsquo;elle en ait fait le choix. Cela para\u00eet difficile \u00e0 comprendre. Elle disait ne rien vouloir changer \u00e0 sa ferme car elle aurait eu le sentiment d&rsquo;en chasser l&rsquo;\u00e2me de ses parents d\u00e9funts. Elle le pensait certainement, mais il y a lieu de croire que sa pauvret\u00e9 fut \u00e9galement un choix spirituel. Elle avait traduit en breton un po\u00e8me de Ramon Soley Ceto, intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;Le pauvre foyer&nbsp;\u00bb, o\u00f9 l&rsquo;auteur catalan loue \u00e0 plusieurs reprises \u00ab&nbsp;l&rsquo;esprit de pauvret\u00e9&nbsp;\u00bb et o\u00f9 un homme invite une femme \u00e0 l&rsquo;\u00e9pouser \u00ab&nbsp;si elle appr\u00e9cie la valeur immense de la pauvret\u00e9&nbsp;\u00bb. N&rsquo;y aurait-il pas l\u00e0 quelque \u00e9cho de l&rsquo;amour perdu d&rsquo;Anjela Duval&nbsp;? N&rsquo;aurait-elle pas choisi de traduire ce po\u00e8me parce qu&rsquo;elle-m\u00eame \u00e9tait anim\u00e9e de cet \u00ab&nbsp;esprit de pauvret\u00e9&nbsp;\u00bb&nbsp;? C&rsquo;est de fa\u00e7on d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e qu&rsquo;elle a v\u00e9cu en ermite et elle est all\u00e9e jusqu&rsquo;au bout de ses choix. En cela, sa vie est exemplaire. Qui est, en effet, assez courageux pour aller jusqu&rsquo;au bout de ses r\u00eaves&nbsp;? Et qui, dans notre soci\u00e9t\u00e9 de consommation, serait capable de choisir d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment la pauvret\u00e9 et d&rsquo;y demeurer tout au long de sa vie&nbsp;? D&rsquo;une certaine fa\u00e7on, Anjela Duval fut en avance sur son temps&nbsp;: choisir de vivre seule et chercher \u00e0 \u00eatre ma\u00eetresse de son destin n&rsquo;\u00e9tait pas \u2014 et n&rsquo;est toujours pas \u2014 chose ais\u00e9e pour une femme. En particulier \u00e0 la campagne. Il est clair que ce n&rsquo;\u00e9tait pas une personne ti\u00e8de. Cela est manifeste, \u00e9galement, sur le plan politique.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">La pasionaria<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le reniement, avons-nous dit, f\u00e2chait Anjela Duval. Plus g\u00e9n\u00e9ralement, la l\u00e2chet\u00e9 l&rsquo;\u00e9c\u0153urait. On le ressent \u00e0 plusieurs reprises dans son \u0153uvre. En particulier lorsqu&rsquo;elle reproche aux Bretons leur l\u00e2chet\u00e9 envers leur pays et leur langue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">Va c&rsquo;henvroiz &lsquo;zo kousket<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Hag hor Bro o veuzi\u00f1\u2026<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle \u2014 constamment fid\u00e8le \u00e0 ses id\u00e9es \u2014 a toujours eu le courage de dire et d&rsquo;\u00e9crire ce qu&rsquo;elle croyait, quoiqu&rsquo;en pense la majorit\u00e9 de la population. Elle n&rsquo;a pas mesur\u00e9 sa peine et n&rsquo;a pas redout\u00e9 la m\u00e9disance. Elle n&rsquo;a pas, non plus, contenu tous ses mouvements d&rsquo;humeur&nbsp;:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">Pebezh Tonkadur hon hini&nbsp;!<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Tu ebet ken da veva\u00f1 er Vro.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Ret astenn an dorn d&rsquo;ar C&rsquo;hallaoued<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Ha pennglina\u00f1 dirazo\u2026<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle n&rsquo;a jamais refus\u00e9 d&rsquo;aider les militants politiques bretons, m\u00eame ceux qui combattaient de fa\u00e7on ill\u00e9gale et \u00e9taient mal accueillis par la majeure partie des Bretons. C&rsquo;est le cas ici, o\u00f9 elle montre son soutien aux inculp\u00e9s du Front de Lib\u00e9ration de la Bretagne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">Dirak Lez-varn ar Vistri<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">\u2014 Oaned dirak bleizi \u2014<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Pemp warn-ugent tamallad<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Difennerien Enor ha Buhez Breizh<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">A vo dismega\u00f1set dirak ar Bobl<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Ar Bobl-se mouget hec&rsquo;h Emskiant<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Gant Skol, Radio, Tele ha media ar Gall<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce courage et cette g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 nous am\u00e8nent \u00e0 la derni\u00e8re le\u00e7on d&rsquo;Anjela Duval.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\"><\/a><\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\">III. Don de soi<\/h2>\n<p style=\"text-align: right;\"><em>Il vous sera donn\u00e9 \u00e0 la mesure dont vous donnerez \u00e0 autrui.<\/em><\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00c9crire<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il semble qu&rsquo;Anjela Duval ait voulu \u00e9crire dcs l&rsquo;enfance : j&rsquo;ai, en effet, retrouv\u00e9 dans l&rsquo;un de ses derniers cahiers d&rsquo;\u00e9coli\u00e8re un court pocme dat\u00e9 du 9 aout 1920, dans lequel elle demande \u00e0 Dieu la gr\u00e2ce de devenir une po\u00e9tesse :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><em>Je veux devenir une petite po\u00e9tesse<br \/>\n<\/em><em>Tel est le d\u00e9sir de mon c\u0153ur ici bas.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quarante ans plus tard, elle a \u00e9t\u00e9 exauc\u00e9e. Elle a pu, par son activit\u00e9 artistique, sublimer ses peines, comme elle l&rsquo;a elle-m\u00eame expliqu\u00e9. Elle pensait que nous \u00e9tions tous destin\u00e9s \u00e0 aimer et que puisqu&rsquo;elle n&rsquo;avait ni enfant ni famille, c&rsquo;\u00e9tait par l&rsquo;\u00e9criture qu&rsquo;elle pourrait prodiguer son amour aux autres. L&rsquo;\u00e9criture a donc en partie \u00e9t\u00e9 pour elle \u2014 comme pour d&rsquo;autres auteurs \u2014 une fa\u00e7on de d\u00e9passer la frustration de ne pas avoir eu d&rsquo;enfants. Elle a beaucoup \u00e9crit et nous a laiss\u00e9 de nombreux po\u00e8mes et textes en prose. Il semble qu&rsquo;elle ait compos\u00e9 ses po\u00e8mes \u00e0 la fa\u00e7on dont les bardes ruraux composaient leurs chansons : toute la journ\u00e9e, en travaillant la terre, elle m\u00e9ditait ; et d\u00e8s qu&rsquo;elle trouvait un peu de temps libre, elle mettait ses pens\u00e9es par \u00e9crit sur le premier morceau de papier qu&rsquo;elle trouvait ; une enveloppe, une bande de journal, une publicit\u00e9\u2026 J&rsquo;ai retrouv\u00e9 de nombreux papiers de ce type dans ses archives. De nombreux mots \u00e9taient biff\u00e9s et remplac\u00e9s par d&rsquo;autres ; n\u00e9anmoins le plus surprenant \u00e9tait de constater combien les brouillons \u00e9taient beaux, m\u00eame avant d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 corrig\u00e9s. Elle composait ses po\u00e8mes dans son esprit et non pas sur le papier. (Cela diff\u00e8re quelque peu de la fa\u00e7on dont on proc\u00e8de souvent aujourd&rsquo;hui, o\u00f9 les \u00e9crivains couchent imm\u00e9diatement leur texte sur le papier, ou le saisissent au clavier de leur ordinateur, sans recourir \u00e0 leur m\u00e9moire, et le modifient ensuite \u00e0 plusieurs reprises.) Par la suite, lorsque le texte lui convenait, Anjela Duval le recopiait sur un petit cahier d&rsquo;\u00e9colier, aussi modeste qu&rsquo;elle. J&rsquo;ai ainsi retrouv\u00e9 une quarantaine de cahiers, et il en existe peut-\u00eatre encore d&rsquo;autres, chez des amis de la po\u00e9tesse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les th\u00e8mes de la po\u00e9sie d&rsquo;Anjela Duval ressemblent \u00e0 ceux qui marqu\u00e8rent sa vie. La terre, la nature, les animaux, la foi, la pri\u00e8re, l&rsquo;amour pour le peuple breton et le combat contre la maladie sont les sujets qui apparaissent le plus fr\u00e9quemment. Cependant, d&rsquo;autres th\u00e8mes sont aussi importants, m\u00eame s&rsquo;ils sont moins explicites. L&rsquo;amour et une certaine forme d&rsquo;\u00e9rotisme mystique, par exemple, n&rsquo;ont pas toujours \u00e9t\u00e9 \u00e9voqu\u00e9s par les commentateurs de l&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;Anjela Duval. Elle a pourtant \u00e9crit, ou traduit, plusieurs po\u00e8mes d&rsquo;amour, comme celui-ci :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">Degas din ar Garantez-se a glask &lsquo;n em goll<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">betek strad ar Boud hag ac&rsquo;hane tarzhan &lsquo;n ur<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">sev diwelus a-hed skourrou gwezenn ar Vuhez<a href=\"#_edn2\" name=\"_ednref2\"><\/a>.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On ne peut pas dire qu&rsquo;elle ait \u00e9crit beaucoup de textes franchement \u00e9rotiques ; toutefois, si l&rsquo;on apporte un \u00e9clairage psychanalytique \u00e0 son \u0153uvre, un certain nombre de textes prennent une nouvelle dimension. C&rsquo;est le cas de \u00ab Va barzhonego\u00f9 \u00bb, o\u00f9 elle dit \u00e9crire des po\u00e8mes\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">War vruched noazh an Hini a garan,<br \/>\n<\/span><span style=\"font-size: 10pt;\">War groc&rsquo;hen noazh ar Vro a a garan.<br \/>\n<\/span><span style=\"font-size: 10pt;\">N&rsquo;eo ket gant un ibil o skriva\u00f1<br \/>\n<\/span><span style=\"font-size: 10pt;\">Hogen gant binvio\u00f9-dir<a href=\"#_edn3\" name=\"_ednref3\"><\/a>\u2026<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par ailleurs, elle a traduit divers po\u00e8mes non d\u00e9pourvus de consonances \u00e9rotiques, comme ce \u00ab Barzhoniezh Bro-Indez \u00bb, o\u00f9 l&rsquo;auteur \u00e9crit :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">Mervel a ran, met so\u00f1j am eus eus joa va c&rsquo;henta\u00f1 trivliad<br \/>\n<\/span><span style=\"font-size: 10pt;\">Dirak da zremm ken kaer trolinennet heneuz ha glan<br \/>\n<\/span><span style=\"font-size: 10pt;\">So\u00f1j am eus skrij va Boud dirak ar Gened soutil<br \/>\n<\/span><span style=\"font-size: 10pt;\">Az kronne holl evel un aergelc&rsquo;h blizidik.<br \/>\n<\/span><span style=\"font-size: 10pt;\">So\u00f1j am eus da vrennid c&rsquo;hwezet ken c&rsquo;hwek<br \/>\n<\/span><span style=\"font-size: 10pt;\">O strobinell nevez ar Garantez&nbsp;! &lsquo;n ur vervel<br \/>\n<\/span><span style=\"font-size: 10pt;\">E kounaan hini da hini marzhio\u00f9 da gened e bleu\u00f1v<br \/>\n<\/span><span style=\"font-size: 10pt;\">Da zaoulagad don ha\u00f1val ouzh lotuzenno\u00f9 dindan ar glizh.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;envie d&rsquo;avoir des enfants \u2014 ou plus pr\u00e9cis\u00e9ment le regret de ne pas en avoir \u2014, constitue \u00e9galement l&rsquo;un des th\u00e8mes fortement pr\u00e9sents dans son \u0153uvre. Dans \u00ab&nbsp;Trivliad \u00bb, par exemple, elle d\u00e9crit l&rsquo;\u00e9motion qu&rsquo;elle a \u00e9prouv\u00e9e lorsque, se redressant en cours de labeur afin de reposer son dos, elle remarque au loin quelque chose que le vent secoue. Au bout d&rsquo;un instant, elle s&rsquo;aper\u00e7oit que ce sont les couches d&rsquo;un b\u00e9b\u00e9 qui s\u00e8chent au soleil\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">\u2014 Ha brema\u00f1, stouet adarre<br \/>\n<\/span><span style=\"font-size: 10pt;\">War va labour,<br \/>\n<\/span><span style=\"font-size: 10pt;\">Eo mouest va malvenno\u00f9\u2026<br \/>\n<\/span><span style=\"font-size: 10pt;\">Me, ar plac&rsquo;h yaouank kozh<a href=\"#_edn5\" name=\"_ednref5\"><\/a> !\u2026<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plus tard, dans \u00ab Piv ? \u00bb, elle se demande \u2014 comme beaucoup d&rsquo;agriculteurs \u00e2g\u00e9s \u2014 ce que sa ferme deviendra apr\u00e8s elle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">Hag e dibenn va amzer<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">E dibenn va nerzh<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">E huanadan<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Piv a gemero va ger-stur&nbsp;?<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">War va lerc&rsquo;h&nbsp;?<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Piv a gemero va armo\u00f9 ?<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Pa gouezhint eus va daouarn<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Pa n&#8217;em eus ganet mab ebet\u2026<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La mort est \u00e9galement omnipr\u00e9sente dans son \u0153uvre. On peut mentionner \u00ab \u2020 Tekla \u00bb, ou elle s&rsquo;adresse \u00e0 son ancienne voisine de chambr\u00e9e, \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital de Lannion, et lui demande :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">Pelec&rsquo;h out brema\u00f1 Tekla ?<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Pelec&rsquo;h ema\u00f1 da Ene&nbsp;?<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On peut, surtout, mentionner les tr\u00e8s nombreux po\u00e8mes d\u00e9di\u00e9s \u00e0 ses parents, \u00e0 sa s\u0153ur Mada, \u00e0 des militants morts pour la Bretagne, les po\u00e8mes relatifs \u00e0 la f\u00eate des Morts, et enfin \u00ab Va c&rsquo;halon \u00bb\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">Va c&rsquo;halon &lsquo;zo ur vered<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Enni nouspet ha nouspet bez.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Enni bemdez ur bed nevez,<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Bezio\u00f9 kerent ha mignoned,<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Bezio\u00f9 keneiled ken karet&nbsp;!<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le style d&rsquo;Anjela Duval n&rsquo;est pas uniforme. Certains de ses textes sont travers\u00e9s par des \u00e9clairs d&rsquo;inspiration. D&rsquo;autres paraissent un peu plus faibles, peut-\u00eatre parce qu&rsquo;elle n&rsquo;a pas pris assez de temps pour travailler leur forme. Mais quel que soit le niveau d&rsquo;inspiration de ses textes, tous sont \u00e9crits en un breton exemplaire. Anjela Duval ma\u00eetrisait parfaitement sa langue. Sa syntaxe \u00e9tait irr\u00e9prochable ; son vocabulaire, d&rsquo;une grande richesse, joignait les mots anciens \u00ab polis, caress\u00e9s et gard\u00e9s de la rouille \u00bb aux n\u00e9ologismes \u00ab aux cliquetis de m\u00e9tal l\u00e9ger \u00bb pour exprimer ses \u00e9motions et jouer avec les sonorit\u00e9s. Le breton coulait de sa plume avec \u00e9nergie et des expressions savoureuses en jaillissaient sans cesse. Mais Anjela Duval ne fut pas seulement un grand \u00e9crivain, elle fut aussi une pr\u00eacheuse.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Pr\u00eacher<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 1971, Andr\u00e9 Voisin, r\u00e9alisateur \u00e0 l&rsquo;ORTF, effectuait une s\u00e9rie d&rsquo;\u00e9missions de t\u00e9l\u00e9vision sur les conteurs populaires. De passage en Bretagne, il demanda \u00e0 Roger Laouenan, un journaliste du <em>T\u00e9l\u00e9gramme<a href=\"#_edn11\" name=\"_ednref11\"><\/a><\/em>, de le conseiller sur le choix des personnes \u00e0 interviewer. Celui-ci l&rsquo;envoya aupr\u00e8s d&rsquo;un certain Louis Mercier\u2026 et bien s\u00fbr, car il \u00e9tait son ami, aupr\u00e8s d&rsquo;Anjela Duval. N\u00e9anmoins, il s&rsquo;inqui\u00e9ta quelque peu de l&rsquo;accueil que la paysanne \u00e9tait susceptible d&rsquo;accorder \u00e0 l&rsquo;\u00e9quipe de la t\u00e9l\u00e9vision ainsi que de ce qu&rsquo;elle oserait dire devant les projecteurs et les cam\u00e9ras. Il est vrai qu&rsquo;Anjela Duval fut d&rsquo;abord un peu effray\u00e9e par ces gens qui surgissaient dans sa vieille ferme avec tout leur attirail. Cependant, surtout \u00e0 partir du moment o\u00f9 le tournage se d\u00e9roula en ext\u00e9rieur, elle se d\u00e9contracta, puis se r\u00e9v\u00e9la. Que dit-elle ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">Klemm an douar dilezet<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Hiraezh ur Bobl sujet<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">D&rsquo;he gwirio\u00f9, d&rsquo;he Frankiz.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Fulor ar yaouankiz<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Nac&rsquo;het outo o yezh&nbsp;:<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Ene o gouenn<a href=\"#_edn12\" name=\"_ednref12\"><\/a>.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plusieurs fois, par la suite, elle \u00e9crivit que si elle avait accept\u00e9 cette interview, c&rsquo;\u00e9tait en quelque sorte par apostolat. Toutefois, l&rsquo;impact de l&rsquo;\u00e9mission d\u00e9passa largement tout ce qu&rsquo;elle et Roger Laouenan avaient pu imaginer. Anjela Duval \u00ab creva \u00bb litt\u00e9ralement l&rsquo;\u00e9cran le soir ou son interview fut diffus\u00e9e. La France enticre fut impressionn\u00e9e par ses propos. Puis ce fut le cas dans d&rsquo;autres pays, qui avaient achet\u00e9 l&rsquo;\u00e9mission. Les t\u00e9l\u00e9spectateurs furent vraisemblablement \u00e9mus par la vigueur des convictions de la paysanne po\u00e9tesse. Apr\u00e8s des ann\u00e9es de m\u00e9ditation silencieuse suivies de dix ans d&rsquo;\u00e9criture, ses id\u00e9es \u00e9taient claires et elle savait les exprimer avec des mots simples et des expressions imag\u00e9es qui touchaient juste. L&rsquo;absence de diff\u00e9rence entre sa pens\u00e9e, son propos et ses actes furent sans doute perceptibles \u00e0 l&rsquo;\u00e9cran. Toujours est-il qu&rsquo;\u00e0 partir du 28 d\u00e9cembre 1971 \u2014 date de la premi\u00e8re diffusion de cette premi\u00e8re interview t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e \u2014, elle re\u00e7ut des milliers de lettres et des milliers de visiteurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors \u2014 telle une sorte de proph\u00e9tesse d\u00e9di\u00e9e corps et \u00e2me \u00e0 sa mission sacr\u00e9e \u2014 Anjela Duval alla jusqu&rsquo;au bout de sa t\u00e2che : elle r\u00e9pondit personnellement \u00e0 toutes les lettres qu&rsquo;elle re\u00e7ut, une \u00e0 une. Pourtant, un ami lui avait propos\u00e9 de dupliquer une lettre circulaire qu&rsquo;elle aurait pu envoyer \u00e0 tous ses admirateurs soudains. Mais elle avait refus\u00e9. Sur l&rsquo;instant, cet ami ne la comprit pas. Ce n&rsquo;est que dix ans plus tard, lors de sa mort, qu&rsquo;il r\u00e9alisa : \u00ab \u00c0 pr\u00e9sent je comprends que vous vouliez accomplir votre vocation, faire conna\u00eetre la mission que vous deviez effectuer en ce monde\u2026 \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En plus des lettres, elle re\u00e7ut des flots incessants de visiteurs. Tous furent re\u00e7us selon les r\u00e8gles traditionnelles de l&rsquo;hospitalit\u00e9 rurale bretonne, c&rsquo;est-\u00e0-dire presque comme s&rsquo;ils avaient \u00e9t\u00e9 membres de sa famille. Du caf\u00e9, du pain, du beurre, des cr\u00eapes et des g\u00e2teaux\u2026 Elle mettait tout ce qu&rsquo;elle avait sur la table pour ses visiteurs, qui \u00e9taient pourtant parfois des gens m\u00e9prisants ou des curieux venus observer une sorte d&rsquo;animal de cirque. N\u00e9anmoins, dans chaque lettre et \u00e0 chaque visiteur, Anjela Duval glissait un message. Elle pr\u00eachait pour la Bretagne et pour sa langue non pas comme un pr\u00eatre dans sa chaire mais avec humour et vivacit\u00e9. Par ce travail, il est vraisemblable qu&rsquo;elle a eu, \u00e0 elle seule, une certaine influence sur l&rsquo;\u00e9volution de la soci\u00e9t\u00e9 bretonne. Car ses visiteurs furent extr\u00eamement nombreux et furent certainement marqu\u00e9s par son intelligence et son sens de la r\u00e9partie. Ainsi, dans le pr\u00eache comme dans les autres actes de sa vie, Anjela alla tr\u00e8s loin : jusqu&rsquo;au sacrifice.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Se donner<\/h3>\n<p style=\"text-align: right;\"><em>Il ne suffit pas de donner,<br \/>\nIl faut se donner<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Anjela Duval \u00e9tait anim\u00e9e d&rsquo;un esprit de sacrifice. Nous avons vu, en premier lieu, que d\u00e8s l&rsquo;\u00e2ge de vingt ans, elle avait sacrifi\u00e9 \u00e0 sa terre l&rsquo;amour qu&rsquo;elle \u00e9prouvait pour un homme. Dans un de ses po\u00e8mes, elle emploie, pr\u00e9cis\u00e9ment, le mot \u00ab sacrifice \u00bb pour qualifier la nature des relations qui l&rsquo;unissent \u00e0 la terre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">Testeni va aberzh d&rsquo;an Douar a garan<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Siell va c&rsquo;harantez d&rsquo;ar Vro &lsquo;zo va Hini<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Em yaouankiz teneran<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Va c&rsquo;halon leun a Spi<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">War c&rsquo;hlann ur wazhig seder<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">He dour boull o hiboud<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Em boa plantet bod ha bod<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">An danvez gwez-pupli<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par la suite \u2014 ou plut\u00f4t, simultan\u00e9ment \u2014, elle sacrifia sa jeunesse \u00e0 ses parents. En v\u00e9rit\u00e9, on peut se demander si ce n&rsquo;est pas surtout pour s&rsquo;occuper d&rsquo;eux et les soigner qu&rsquo;elle avait choisi de rester \u00e0 la ferme et de laisser son fianc\u00e9 partir. Ses parents n&rsquo;\u00e9taient pas jeunes lorsqu&rsquo;elle naquit : son p\u00e8re avait quarante-trois ans et sa m\u00e8re trente-huit. Ainsi, tr\u00e8s vite, \u00e2g\u00e9s, ils n\u00e9cessit\u00e8rent des soins. Qui se serait charg\u00e9 d&rsquo;eux, si elle \u00e9tait partie ? N&rsquo;est-ce pas l\u00e0 ce qui la pr\u00e9occupait lorsqu&rsquo;elle refusa de quitter la ferme de Trao\u00f1-an-Dour ? En tout cas, elle donna toute son \u00e9nergie et tout son amour \u00e0 ses parents, tant qu&rsquo;ils rest\u00e8rent en vie. Lorsqu&rsquo;ils moururent, elle traversa la p\u00e9riode la plus sombre de son existence. Oppress\u00e9e par l&rsquo;angoisse, elle eut le sentiment que sa vie n&rsquo;avait plus de sens. Trente ans apr\u00e8s la mort de sa m\u00e8re elle se rem\u00e9morait encore :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">Ken poanius &lsquo;oa bet an disparti<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Ken mat &lsquo;oa skoulmet hor buhez<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Gant liamm didorrus ar Garantez.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cependant, dix ans, environ, apr\u00e8s la mort de sa m\u00e8re en 1951, gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;\u00e9criture, elle trouva sa voie et son \u00e9quilibre, dans une solitude sereine. H\u00e9las, sa tranquillit\u00e9 ne dura que dix ans. \u00c0 partir de l&rsquo;\u00e9mission de t\u00e9l\u00e9vision de 1971, sa vie fut boulevers\u00e9e. Et pourtant, elle ne refusa pas les milliers de lettres et de visiteurs qui vinrent troubler sa vie de paysanne et de po\u00e8te. Au contraire. Elle accueillit environ 100 000 personnes \u2014 selon Roger Laouenan \u2014 au cours des dix ann\u00e9es qui s&rsquo;\u00e9coul\u00e8rent entre la premi\u00e8re diffusion de son interview t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e et sa mort, en 1981 ! De nombreuses radios et t\u00e9l\u00e9visions lui consacr\u00e8rent des \u00e9missions : la BBC, les t\u00e9l\u00e9visions finlandaise, su\u00e9doise, etc. Elle, l&rsquo;ermite qui avait choisi la solitude\u2026 Cette charge repr\u00e9sentait dans son esprit la croix qu&rsquo;elle devait porter pour son pays, la Bretagne. Elle \u00e9crivit \u00e0 propos de sa premi\u00e8re \u00e9mission de t\u00e9l\u00e9vision, un an apr\u00e8s :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">Arabat kredi\u00f1, tud<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">&lsquo;Vije hi o klask brud<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">N&rsquo;oa nemet un aberzh<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Eus he ferzh<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">War aoter he Bro\u2026<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Perdant ainsi beaucoup du temps qu&rsquo;elle aurait eu besoin de consacrer \u00e0 son m\u00e9tier, \u00e0 la m\u00e9ditation, \u00e0 la po\u00e9sie, au repos et \u00e0 sa sant\u00e9, elle s&rsquo;\u00e9puisa. Il est probable que cela aggrava sa maladie et avan\u00e7a l&rsquo;heure de sa mort.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En conclusion, il semble qu&rsquo;Anjela Duval ait anticip\u00e9 certains des grands probl\u00e8mes auxquels nous sommes \u00e0 pr\u00e9sent confront\u00e9s : la protection de l&rsquo;\u00e9quilibre \u00e9cologique dont la plan\u00e8te a besoin ; la qu\u00eate de sens que rend n\u00e9cessaire le naufrage des id\u00e9ologies ; l&rsquo;enracinement culturel que recherchent les individus, afin d&rsquo;\u00eatre reconnus en un monde qui s&rsquo;unit ; etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 chacune de ces questions, Anjela Duval proposait des r\u00e9ponses. Libre \u00e0 chacun de se reconna\u00eetre ou non dans ses id\u00e9es, mais l\u00e0 n&rsquo;est pas l&rsquo;essentiel. Cette femme sans instruction, a, seule dans sa ferme, compris une grande partie des questions qui se posent aujourd&rsquo;hui \u00e0 l&rsquo;humanit\u00e9 ; elle a construit, pour y r\u00e9pondre, une philosophie de la vie qu&rsquo;elle a exprim\u00e9e par la po\u00e9sie. Enfin, elle a su, avec art, mettre toute sa vie en accord avec sa vision po\u00e9tique et mystique du monde, jusqu&rsquo;\u00e0 en mourir.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\">Bibliographie sommaire<\/h2>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Ouvrages en langue bretonne<\/h3>\n<h5 style=\"text-align: justify;\">Duval, Anjela<\/h5>\n<p style=\"text-align: justify;\">1973a&nbsp;<em>Kan an Douar,<\/em>&nbsp;Brest, Al Liamm (184 p.).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1973b&nbsp;<em>Hiboud al Leger,<\/em>&nbsp;Saint-Brieuc, Skol (96 p.).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1982a&nbsp;<em>Traon an Dour,<\/em>&nbsp;Brest, Al Liamm (144 p.).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1982b&nbsp;<em>Tad-kozh Roperz-Huon,<\/em>&nbsp;Douarnenez, Hor Yezh (188 p.).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1983&nbsp;&nbsp;&nbsp;<em>Ki bihan ar feunteun,<\/em>&nbsp;Le Relecq-Kerhuon, An Here (64 p.).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1986&nbsp;&nbsp;&nbsp;<em>Me, Anjela,<\/em>&nbsp;Lesneven, Mouladuriou Hor Yezh (160 p.).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1989&nbsp;&nbsp;&nbsp;<em>Rouzig ar gwinver,<\/em>&nbsp;Le Relecq-Kerhuon, An Here (64 p.).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1998&nbsp;&nbsp;&nbsp;<em>Stourm a ran war bep tachenn,<\/em>&nbsp;Saint-Brieuc, Mignoned Anjela (184 p.).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">2000&nbsp;&nbsp;<em>Anjela Duval\/Oberenn glok,<\/em>&nbsp;Louargat, Mignoned Anjela (1286 p.&nbsp;de texte et 48 p.&nbsp;de photos).<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Traductions<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Duval, Anjela, H\u00e9lias, Pierre-Jakez et Philippot, Jacques<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1995&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<em>Gant ar mareou-bloaz\/Au fil des saisons,<\/em>&nbsp;Sp\u00e9zet, Coop Breizh (74 p.).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Laouenan, Roger<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1982&nbsp;&nbsp;&nbsp;<em>Anjela Duval,<\/em>&nbsp;collection \u00ab&nbsp;Bretons t\u00e9moins de leur temps&nbsp;\u00bb, deuxicme \u00e9dition revue et augment\u00e9e, Quimper, Nature et Bretagne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Piriou, Yann-Ber<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1971&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<em>D\u00e9fense de cracher par terre et de parler breton,<\/em>&nbsp;Paris, \u00c9ditions P.-J. Oswald. Anthologie bilingue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Timm, Lenora&nbsp;A.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1990&nbsp;&nbsp;&nbsp;<em>A Modern Breton Political Poet&nbsp;: Anjela Duval,<\/em>&nbsp;Lewiston-Queenston-Lampeter, The Edwin Mellen Press (282 p.).<\/p>\n<p>\n<a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">*<\/a> Professeur de langue et culture bretonnes \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Rennes 2 ; voir <a href=\"https:\/\/lecoadic.net\">son site<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Notes<\/em><\/strong><\/p>\n<p><b id=\"1a\">1. <\/b> <span style=\"font-size: 10pt;\">&nbsp;Proverbe breton. <a href=\"#1r\">\u21a9<\/a><\/span><\/p>\n<p><b id=\"2a\">2. <\/b> <span style=\"font-size: 10pt;\">&nbsp;Ren\u00e9 Descartes,&nbsp;<em>Discours de la m\u00e9thode,<\/em>&nbsp;tome 6. <a href=\"#2r\">\u21a9<\/a><\/span><\/p>\n<p><b id=\"3a\">3. <\/b> <span style=\"font-size: 10pt;\">&nbsp;Laouenan 1982, pp.&nbsp;93-94 <a href=\"#3r\">\u21a9<\/a><\/span><a href=\"#_ednref2\" name=\"_edn2\"><\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\"><\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ronan Le Coadic * Si la litt\u00e9rature bretonne d&rsquo;expression fran\u00e7aise b\u00e9n\u00e9ficie de la renomm\u00e9e d&rsquo;auteurs prestigieux tels que Chateaubriand, Lamennais ou Ernest [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"_acf_changed":false,"ngg_post_thumbnail":0,"footnotes":""},"class_list":["post-1811","page","type-page","status-publish","hentry"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.8 - 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