{"id":1803,"date":"2017-09-22T00:16:13","date_gmt":"2017-09-21T22:16:13","guid":{"rendered":"http:\/\/www.anjela.org\/oberenn\/?page_id=1803"},"modified":"2025-08-13T18:05:04","modified_gmt":"2025-08-13T16:05:04","slug":"portrait-croise-danjela-duval","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.anjela.org\/oberenn\/portrait-croise-danjela-duval\/","title":{"rendered":"Portrait crois\u00e9 d\u2019Anjela Duval"},"content":{"rendered":"<p>Nathalie Caradec<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;oeuvre abondante d&rsquo;Anjela Duval se pr\u00eate volontiers \u00e0 une analyse de type th\u00e9matique o\u00f9 se dessinent des lignes de force : la terre et toutes ses composantes,&nbsp;la langue bretonne, la spiritualit\u00e9&#8230; Comment caract\u00e9riser ce regard en \u00e9veil sur les hommes et le monde, cette po\u00e9sie du quotidien qui rappelle \u00e0 l&rsquo;oeil ce que trop souvent il ne voit plus ? \u00ab Po\u00e8te est celui-l\u00e0 qui rompt pour nous l&rsquo;accoutumance \u00bb affirmait Saint-John Perse en recevant le prix Nobel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette d\u00e9finition br\u00e8ve et dense me semble particuli\u00e8rement convenir pour Anjela Duval. En effet, sa po\u00e9sie nous renvoie \u00e0 un univers connu qu&rsquo;elle renouvelle par sa vision tr\u00e8s personnelle du monde. Elle est une parole imm\u00e9diate, une profondeur mise \u00e0 nu. La po\u00e9sie ne masque pas, elle d\u00e9voile, elle ne ment pas, elle r\u00e9v\u00e8le. Les mots d&rsquo;Anjela Duval sont port\u00e9s par la force int\u00e9rieure d&rsquo;une femme authentique. C&rsquo;est pour cela qu&rsquo;ils touchent. Le sentier qui quitte Trao\u00f1-an-Dour ne d\u00e9bouche pas sur une voie sans issue ; il m\u00e8ne \u00e0 d&rsquo;autres cultures, d&rsquo;autres livres, d&rsquo;autres rencontres. Anjela Duval travaille ses terres,&nbsp;s&rsquo;occupe de ses b\u00eates, mais apr\u00e8s le labeur acharn\u00e9 vient le moment de la lecture, du courrier, de l&rsquo;\u00e9criture. \u00c0 cette heure tardive, l&rsquo;\u00e9cho du monde p\u00e9n\u00e8tre le silence de la petite ferme. Dans une solitude propice \u00e0 la cr\u00e9ation commence un travail d&rsquo;orf\u00e8vre qui s&rsquo;ach\u00e8ve sur le cahier d&rsquo;\u00e9colier. Le rendez-vous avec les mots est un cheminement vers la porte \u00e9troite de la lumi\u00e8re&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Beaucoup de choses ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 dites et \u00e9crites sur la po\u00e9tesse et son oeuvre. Pour ma part, j&rsquo;ai souhait\u00e9 mieux comprendre qui \u00e9tait cette femme, quels \u00e9taient ses combats, comment elle pouvait vivre et cr\u00e9er, passant du champ au po\u00e8me, de l&rsquo;anonymat \u00e0 la renomm\u00e9e. Afin d&rsquo;approcher cette personnalit\u00e9 riche&nbsp;et complexe, j&rsquo;ai cherch\u00e9 \u00e0 composer un portrait d&rsquo;elle \u00e0 partir de deux types de donn\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout d&rsquo;abord, j&rsquo;ai r\u00e9alis\u00e9 une dizaine d&rsquo;entretiens, notamment sur les communes de Plouaret, du Vieux-March\u00e9 et de Tr\u00e9grom. J&rsquo;ai demand\u00e9 \u00e0 des personnes&nbsp;qui avaient bien connu Anjela Duval de me parler d&rsquo;elle, de me pr\u00e9ciser comment elles la percevaient de son vivant et quelle image elles gardaient d&rsquo;elle aujourd&rsquo;hui. Les personnes qui ont eu la gentillesse de me r\u00e9pondre appartenaient \u00e0 son entourage familial, vivaient dans le voisinage ou l&rsquo;avaient&nbsp;c\u00f4toy\u00e9e sur les bancs de l&rsquo;\u00e9cole <sup>1<\/sup>. Ensuite, j&rsquo;ai \u00e9tudi\u00e9 une correspondance entre Anjela Duval et Soeur Marie de Saint-Michel, religieuse de la communaut\u00e9&nbsp;du Saint-Esprit. L&rsquo;\u00e9change \u00e9pistolaire, en fran\u00e7ais, s&rsquo;est d\u00e9roul\u00e9 de fa\u00e7on relativement suivie pendant une quarantaine d&rsquo;ann\u00e9es, de 1936 \u00e0 1977, et est particuli\u00e8rement r\u00e9v\u00e9lateur de l&rsquo;\u00e9volution d&rsquo;Ang\u00e8le-Anjela. Le ton tient de la confidence: Anjela ouvre son coeur et parle de ses difficult\u00e9s, ce qui n&#8217;emp\u00eache ni les anecdotes ni l&rsquo;humour. Par le prisme des lettres <sup>2<\/sup>, certains \u00e9l\u00e9ments de sa vie prennent un \u00e9clairage particulier.&nbsp;\u00c0 partir de ces deux sources d&rsquo;informations, tant\u00f4t convergentes, tant\u00f4t divergentes, j&rsquo;ai tent\u00e9 de recomposer un portrait de la po\u00e9tesse de Trao\u00f1-an-Dour.&nbsp;Il s&rsquo;organisera selon trois axes : le sens de la terre, puis le courage et la souffrance de cette femme, enfin l&rsquo;\u00e9mergence de l&rsquo;\u00e9crivain.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4>Le sens de la terre<\/h4>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le rapport \u00e0 la terre est certainement l&rsquo;une des cl\u00e9s permettant de saisir la port\u00e9e de la po\u00e9sie d&rsquo;Anjela Duval. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs par cette caract\u00e9ristique&nbsp;qu&rsquo;elle m&rsquo;a d&rsquo;abord \u00e9t\u00e9 d\u00e9crite : \u00ab C&rsquo;\u00e9tait une vraie paysanne \u00bb, \u00ab elle avait \u00e7a dans le sang \u00bb. Il n&rsquo; y a pas une lettre o\u00f9 elle ne parle de ses champs ou&nbsp;de ses b\u00eates. Tout d&rsquo;abord, nous verrons en quels termes elle \u00e9voque ces deux sujets. Puis nous essaierons de comprendre ce qui se joue dans ce puissant<br \/>\nrapport \u00e0 la terre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce go\u00fbt pour le travail de la terre, il semble qu&rsquo;Anjela l&rsquo;ait eu assez t\u00f4t. L&rsquo;une des enfants du voisinage, Mme Guiomard, venait r\u00e9guli\u00e8rement chez elle : \u00abOn ne jouait pas, on jardinait \u00bb, raconte-t-elle. Je n&rsquo;ai pas eu d&rsquo;autre t\u00e9moignage sur cette p\u00e9riode de sa vie, mais on peut supposer qu&rsquo;Ang\u00e8le a toujours particip\u00e9, du vivant de ses parents, au travail de la terre. Rest\u00e9e seule \u00e0 Trao\u00f1-an-Dour, elle effectuait de p\u00e9nibles travaux des champs en d\u00e9pit d&rsquo;une sant\u00e9 d\u00e9ficiente : \u00ab J&rsquo;ai coup\u00e9 \u00e0 la faucille dans les 500 gerbes toute seule [&#8230;] Avec ma jument Cyb\u00e8le j&rsquo;ai tra\u00een\u00e9 39 charret\u00e9es dont j&rsquo;ai construit 36 en 4 jours dont 26 \u00e0 la maison et 13 chez ma voisine <sup>3<\/sup>. \u00bb Elle parle souvent \u00e0 son amie de la moisson et de son cort\u00e8ge de fatigue. Parfois, c&rsquo;est la m\u00e9t\u00e9o qui contrarie ses plans : \u00ab Le temps est abominable cette ann\u00e9e, on a mille mis\u00e8res \u00e0 semer les bl\u00e9s [&#8230;] Les gens disent que ce sont les exp\u00e9riences de Bikini avec leurs bombes atomiques qui ont d\u00e9traqu\u00e9 les saisons, ils finiront par couper la terre en deux morceaux <sup>4<\/sup>!\u00bb Quelques ann\u00e9es plus tard, elle reprend le m\u00eame type de propos : \u00ab Jamais je n&rsquo;ai vu encore si mauvais temps. La pluie tombe continuellement. Je n&rsquo;ai pas pu encore semer mon bl\u00e9. La terre est pr\u00eate mais d\u00e8s qu&rsquo;elle commence \u00e0 s\u00e9cher, la pluie recommence. Ce n&rsquo;est plus Traou-an- Dour, cette ann\u00e9e c&rsquo;est Traou-ar-Fank ; tant d&rsquo;humidit\u00e9 me brise <sup>5<\/sup>. \u00bb Et les exemples sont nombreux&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On sent nettement que sa vie prend tout son sens dans cet espace o\u00f9 elle aime travailler. On saisit \u00e9galement toute l&rsquo;\u00e9tendue de ses difficult\u00e9s. Ses journ\u00e9es&nbsp;de labeur l&rsquo;\u00e9puisent et ne lui procurent que de maigres ressources. L&rsquo;hiver tr\u00e8s rigoureux de 1963 lui a apport\u00e9 beaucoup de soucis : \u00ab Oui l&rsquo;hiver a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s dur, non seulement j&rsquo;ai eu tr\u00e8s froid, mais les d\u00e9g\u00e2ts sont importants, sur les fourrages et sur le bl\u00e9, les plants de choux les pommes de terre. Mais il ne sert pas de g\u00e9mir [&#8230;] Pendant 2 mois les b\u00eates n&rsquo;ont pu sortir. On a moulu tout le grain pour leur faire des buv\u00e9es. On a br\u00fbl\u00e9 toute la provision de bois pour cuire \u00e0 manger aux b\u00eates puisqu&rsquo;on ne pouvait donner rien de cru [&#8230;] Et le plus dur reste \u00e0 courir : la soudure. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Malgr\u00e9 son courage, le fardeau semble parfois \u00e9crasant : \u00ab Je suis lasse de lutter j&rsquo;ai beau trimer sans arr\u00eat je crois que je m&#8217;embourbe de plus en plus ; la vie est dure aux paysans quand ils avancent en \u00e2ge et je n&rsquo;ai aucun secours \u00e0 attendre de nulle part ; au contraire on me sollicite encore <sup>6<\/sup>. \u00bb Dans son propos, elle ne dissocie pas sa propre condition de celle des autres paysans. T\u00e9moignages et lettres convergent : elle d\u00e9fendait la cause paysanne avec ferveur, cause qu&rsquo;elle liait \u00e9troitement au devenir de la terre. Selon mes interlocuteurs, elle ne supportait pas les critiques sur ce sujet. Elle estime faire partie des \u00ab pauvres demeur\u00e9s fid\u00e8les \u00e0 la terre et aux traditions \u00bb <sup>7<\/sup>. Elle s&rsquo;inqui\u00e8te de l&rsquo;\u00e9volution du m\u00e9tier, des terres laiss\u00e9es \u00e0 l&rsquo;abandon lorsque leurs propri\u00e9taires doivent se retirer : \u00ab C&rsquo;est ainsi partout dans cette r\u00e9gion, \u00e0 la mort ou au d\u00e9part des anciens, les fermes restent en friches.&nbsp;Aucun jeune ne prend la suite, sauf dans les tr\u00e8s bonnes terres bien plac\u00e9es <sup>8<\/sup>.\u00bb La moindre parcelle de terre la pr\u00e9occupe ; ainsi, lorsqu&rsquo;elle fait un s\u00e9jour \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital de Lannion, elle d\u00e9crit : \u00abDe ma fen\u00eatre je vois une cit\u00e9 neuve b\u00e2tie au milieu d&rsquo;un secteur tr\u00e8s bois\u00e9 qu&rsquo;on a eu le respect de garder le plus intact possible <sup>9<\/sup>. \u00bb Rien n&rsquo;\u00e9chappe \u00e0 son regard&#8230; L&rsquo;amour qu&rsquo;Anjela porte \u00e0 la terre est particuli\u00e8rement fort et ne tient pas seulement \u00e0 son activit\u00e9 de paysanne. Sa r\u00e9flexion prend source \u00e0 Trao\u00f1-an-Dour, dans ce qu&rsquo;elle observe alentour. Elle pose un regard avis\u00e9 sur les bouleversements qui secouent le monde agricole de l&rsquo;\u00e9poque. Elle s&rsquo;inqui\u00e8te de l&rsquo;environnement quand peu de gens s&rsquo;en soucient, que l&rsquo;heure est plut\u00f4t aux destructions massives d&rsquo;arbres et de talus dans le cadre du remembrement. Ses positions tranch\u00e9es, son refus de la m\u00e9canisation ne lui valent pas que des amis. Une anecdote d&rsquo;Andr\u00e9 Souliman souligne aussi qu&rsquo;elle n&rsquo;\u00e9chappe pas au paradoxe. Il m&rsquo;a racont\u00e9 qu&rsquo;elle refusait de couper les arbres sur ses propres terres et qu&rsquo;il lui rapportait donc du bois de chez lui afin qu&rsquo;elle se chauffe&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lors des entretiens que j&rsquo;ai men\u00e9s, le lien fort qu&rsquo;entretenait Anjela Duval avec ses animaux m&rsquo;a \u00e9t\u00e9 chaque fois confirm\u00e9 : ses vaches, son cheval et surtout ses chiens comptaient \u00e9norm\u00e9ment. Ces derniers occupaient une place privil\u00e9gi\u00e9e \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s. L&rsquo;une de mes interlocutrices m&rsquo;a pr\u00e9cis\u00e9 qu&rsquo;Anjela disait \u00ab mes enfants \u00bb en \u00e9voquant ses chiens. Hospitalis\u00e9e, elle demandait \u00e0 Andr\u00e9 Souliman de leur pr\u00e9parer du chocolat chaud. Dans sa correspondance, elle en parle tr\u00e8s peu, except\u00e9 la perte de Fido qui ressort de cet ensemble comme un moment singulier : \u00ab Mon pauvre Fido est mort aussi vers la mi-mai il s&rsquo;est empoisonn\u00e9. Je suis vraiment seule depuis que cet humble compagnon m&rsquo;a quitt\u00e9e. Seule avec mon bon ange, mais je n&rsquo;ai plus peur <sup>10<\/sup>.\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle parle \u00e9galement de ses juments Cyb\u00e8le et Cocotte, mais uniquement pour confier ses soucis : \u00ab J&rsquo;ai encore des tribulations avec mes b\u00eates : j&rsquo;ai d\u00fb liquider ma bonne jument \u201c Cocotte \u201d qui ne pouvait plus marcher. On m&rsquo;a envoy\u00e9 une carne \u00e0 l&rsquo;essai. Je ne peux pas la garder et c&rsquo;est difficile de trouver des chevaux, qui se rar\u00e9fient \u00e0 cause des tracteurs ; on a toujours des tracas dans une ferme, si modeste soit-elle <sup>11<\/sup>. \u00bb Elle fait part aussi des frais de v\u00e9t\u00e9rinaire qui p\u00e8sent sur ses maigres ressources, des b\u00eates qui meurent sans lui rapporter un sou.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Parfois, de ce lot de d\u00e9convenues \u00e9merge une anecdote plus r\u00e9jouissante, comme celle des petits lapins \u00e9lev\u00e9s par ses bons soins : \u00ab Une m\u00e8re lapine est&nbsp;morte quand ses 15 petits avaient 10 jours. J&rsquo;essaye de les \u00e9lever au biberon (1 biberon jouet tout petit) il y a 12 vivants encore ce soir, cela fait 3&nbsp;semaines que je les soigne. Si vous les voyiez l\u00e0 blottis au coin du feu en ce moment. Ils couchent dans une manne bien tapiss\u00e9e et mangent et courent o\u00f9&nbsp;ils veulent. Dommage que je n&rsquo;aie pas une cam\u00e9ra <sup>12<\/sup>. \u00bb La paysanne se montre souvent sous un jour rude. Elle n&rsquo;en est pas moins capable de beaucoup d&rsquo;attentions&nbsp;envers ses animaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le fait que dans quasiment toutes ses lettres Anjela Duval parle des travaux des champs, des r\u00e9coltes, de la rude vie des paysans montre \u00e0 quel point elle&nbsp;tisse un lien visc\u00e9ral avec la terre. Sa vie est l\u00e0 ; elle se d\u00e9ploie dans cet espace restreint qu&rsquo;elle semble ne jamais quitter et hors duquel elle n&rsquo;imagine pas vivre. Sa ferme repr\u00e9sente le centre de ses pr\u00e9occupations, de sa r\u00e9flexion et de sa cr\u00e9ation. Il m&rsquo;a fr\u00e9quemment \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9 qu&rsquo;elle ne bougeait pas de son lopin de terre, qu&rsquo;elle y vivait en \u00ab ermite \u00bb. Cependant, \u00e0 une \u00e9poque, elle s&rsquo;est r\u00e9guli\u00e8rement rendue au bourg de Tr\u00e9grom pour faire des provisions. C&rsquo;est en tout cas ce que m&rsquo;a racont\u00e9 Mme Blanchard. Elle a connu Ang\u00e8le dans son \u00e9picerie o\u00f9 elle venait jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de la guerre : \u00abTant que les&nbsp;tickets de ravitaillement marchaient, \u00e7a allait, elle venait faire son commerce chez moi [&#8230;] mais quand le p\u00e9trole a manqu\u00e9, [&#8230;] l\u00e0 j&rsquo;avais \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9e de lui&nbsp;dire qu&rsquo;il fallait qu&rsquo;elle prenne son p\u00e9trole au Vieux-March\u00e9. \u00bb Il y avait en effet un contingent attribu\u00e9 pour les gens de la commune uniquement. Apparemment,&nbsp;elle a limit\u00e9 au minimum ses d\u00e9placements et ne s&rsquo;est pas souvent \u00e9loign\u00e9e de Trao\u00f1-an-Dour. Dans une de ses lettres, elle relate n\u00e9anmoins : \u00ab Maman et moi avons \u00e9t\u00e9 en p\u00e9lerinage cette ann\u00e9e \u00e0 St Yves \u00e0 Tr\u00e9guier, presque un grand voyage pour nous, je vous ai gard\u00e9 une image en souvenir de ce jour <sup>13<\/sup>. \u00bb On sent bien l\u00e0 un \u00e9v\u00e9nement exceptionnel qu&rsquo;elle a v\u00e9cu avec ferveur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans cette correspondance avec son amie religieuse, il appara\u00eet clairement que la terre l\u00e9gu\u00e9e par ses parents est sa raison de vivre. La mort de son p\u00e8re&nbsp;marque une rupture dans son existence ; le deuil est douloureux pour elle comme pour sa m\u00e8re : \u00abPour moi ch\u00e8re bonne soeur je ne suis plus la m\u00eame, le bonheur&nbsp;s&rsquo;est enfui de notre foyer quand mon cher p\u00e8re est retourn\u00e9 \u00e0 Dieu, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 deux mois dans un \u00e9tat de stupeur et de d\u00e9couragement et puis petit \u00e0 petit la&nbsp;terre m&rsquo;a reprise toute enti\u00e8re puisqu&rsquo;il fallait en vivre <sup>14<\/sup>. \u00bb Dans presque toutes les lettres, elle raconte sa terre ; les descriptions ou les anecdotes varient mais ses pr\u00e9occupations sont toujours pr\u00e9sentes. Son choix de vie et l&rsquo;attachement profond qu&rsquo;elle con\u00e7oit pour ce lieu sont intimement li\u00e9s : \u00abPour ma part si je devais quitter Trao\u00f1-an-Dour je ne survivrais pas il me semble. Pourtant dieu sait si j&rsquo;y ai souffert plus que de raison et s&rsquo;il s&rsquo;y trouve un pouce de terre que je n&rsquo;aie mille fois arros\u00e9 de mes sueurs et souvent de mes larmes et mes parents avant moi ont fait de m\u00eame et c&rsquo;est pourquoi il m&rsquo;est si cher car tout ici me parle encore d&rsquo;eux <sup>15<\/sup>.\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;attachement \u00e0 cette ferme est tel qu&rsquo;elle refuse d&rsquo;aller vivre ailleurs lorsque l&rsquo;occasion se pr\u00e9sente et que ses probl\u00e8mes de sant\u00e9 le recommandent: \u00abM. le Recteur m&rsquo;a envoy\u00e9 mes p\u00e2ques \u00e0 la maison je ne pouvais m\u00eame pas supporter le transport ; on m&rsquo;engageait \u00e0 l\u00e2cher ma ferme et \u00e0 aller habiter chez ma marraine [&#8230;]. \u00bb Malgr\u00e9 sa souffrance, elle n&rsquo;accepte pas cette proposition : \u00ab j&rsquo;ai recul\u00e9 au dernier moment. Mais je vous assure que j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 abreuv\u00e9e de chagrin. Oh que le calvaire est dur \u00e0 gravir \u00bb<sup>16<\/sup>. De la m\u00eame fa\u00e7on, il lui est difficile, \u00e0 la fin de sa vie, d&rsquo;accepter de louer sa terre \u00e0 Andr\u00e9 Souliman. Elle souhaite, jusqu&rsquo;au bout de ses forces, tenir sa ferme.&nbsp;Lorsqu&rsquo;elle \u00e9crit \u00e0 son amie de son lit d&rsquo;h\u00f4pital en septembre 1976, c&rsquo;est encore \u00e0 sa terre qu&rsquo;elle pense : \u00abMa chambre est pleine de fleurs et de bonbons. Mais je pr\u00e9f\u00e9rerais les ronces de Trao\u00f1-an-Dour, et la senteur de la terre qui a re\u00e7u je crois le miracle de la pluie. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On per\u00e7oit dans ses propos comment l&rsquo;\u00e9motion suscite imm\u00e9diatement des images visuelles et olfactives. La sensation devient une porte d&rsquo;entr\u00e9e, une voie de connaissance pour acc\u00e9der \u00e0 autre chose. Le miracle est \u00e0 prendre ici dans sa double acception de myst\u00e8re et de merveille. En quelques mots simples, elle r\u00e9v\u00e8le la dimension mystique qu&rsquo;elle conf\u00e8re \u00e0 la terre.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: justify;\">Le courage et la souffrance<\/h4>\n<p style=\"text-align: justify;\">Chaque entretien confirme qu&rsquo;elle faisait preuve de beaucoup d&rsquo;ardeur au travail. Sa correspondance r\u00e9v\u00e8le aussi une grande force de caract\u00e8re face aux nombreuses difficult\u00e9s du quotidien. On sent pourtant poindre parfois du d\u00e9couragement, accentu\u00e9 par un \u00e9puisement physique qui interroge aujourd&rsquo;hui. J&rsquo;avoue avoir \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement surprise par la longue liste de ses maux, liste compl\u00e9t\u00e9e et nuanc\u00e9e au fil des lettres. Il me semble important de le souligner car on a peut-\u00eatre sous-estim\u00e9 \u00e0 quel point sa sant\u00e9 \u00e9tait d\u00e9ficiente et combien Anjela Duval pouvait souffrir. Nous allons successivement aborder ces trois points : le courage, la mauvaise sant\u00e9 et son cort\u00e8ge de fatigue, la solitude.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s l&rsquo;enfance il semble bien qu&rsquo;elle ait \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement courageuse et cette qualit\u00e9 m&rsquo;a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 cit\u00e9e \u00e0 propos de son p\u00e8re. Une ancienne voisine&nbsp;d&rsquo;Ang\u00e8le, Mme Guiomard, dont la m\u00e8re \u00e9tait rest\u00e9e seule avec ses quatre enfants du fait de la mobilisation du p\u00e8re pendant la guerre, insiste sur l&rsquo;aide&nbsp;apport\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque par le p\u00e8re d&rsquo;Ang\u00e8le : \u00ab J&rsquo;ai beaucoup d&rsquo;estime pour lui. [&#8230;] Ma m\u00e8re avait \u00e9t\u00e9 beaucoup aid\u00e9e par Duval kozh. \u00bb Elle a toujours trouv\u00e9 qu&rsquo;Ang\u00e8le \u00e9tait assidue \u00e0 l&rsquo;effort : \u00ab elle travaillait aussi bien dans la maison que dans les champs \u00bb. Et Mme Guiomard ajoute : \u00ab elle savait tout faire comme un homme\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par rapport au travail de la terre, mes interlocuteurs ont confirm\u00e9 sa vaillance ; refusant la m\u00e9canisation, elle s&rsquo;usait \u00e0 la t\u00e2che pour de maigres ressources.&nbsp;Mme Corson pr\u00e9cise : \u00ab elle se donnait beaucoup de mal sur ses terres, pour peu de revenus \u00bb. Elle d\u00e9ploie beaucoup d&rsquo;\u00e9nergie dans sa petite ferme, mais sa vie se d\u00e9roule dans une grande pauvret\u00e9. Sa correspondance t\u00e9moigne de cette pr\u00e9carit\u00e9. Elle rapporte ainsi un fait r\u00e9v\u00e9lateur de sa situation, de l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit dans lequel elle vit. Elle d\u00e9crit les travaux d&rsquo;am\u00e9lioration effectu\u00e9s \u00e0 la communaut\u00e9 de Tr\u00e9grom: \u00ab Mais tous ces changements vont co\u00fbter les yeux de la t\u00eate. Pour ma part j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 heureuse d&rsquo;y contribuer, non pas en argent car malheureusement le diable se loge dans ma bourse, mais j&rsquo;ai donn\u00e9 mon plus beau&nbsp;peuplier, plant\u00e9 de mes propres mains dans ma plus tendre jeunesse <sup>17<\/sup>. \u00bb Le don n&rsquo;est pas c\u00f4t\u00e9 argent mais c\u00f4t\u00e9 coeur. Sa vie de pauvret\u00e9 est resserr\u00e9e autour&nbsp;d&rsquo;actes et de choses essentiels qui tissent la trame de ses jours et justifient ses choix fondamentaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Face aux difficult\u00e9s de tous ordres, Anjela Duval rechigne \u00e0 demander de l&rsquo;aide. Ainsi, lorsqu&rsquo;elle s&rsquo;occupe de sa m\u00e8re malade: \u00abPriez le bon dieu de nous&nbsp;conserver l&rsquo;une \u00e0 l&rsquo;autre encore longtemps et la sant\u00e9 pour moi afin de pouvoir subvenir \u00e0 notre subsistance \u00e0 toutes les deux car je ne veux pas \u00eatre r\u00e9duite \u00e0 demander aide au &nbsp;gouvernement pour elle tant que je pourrai travailler <sup>18<\/sup>. \u00bb Elle met un point d&rsquo;honneur \u00e0 ne d\u00e9pendre de personne&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 la lecture de cette correspondance o\u00f9 Anjela se confie, j&rsquo;ai donc \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9e par les probl\u00e8mes de sant\u00e9 de cette femme. L&rsquo;abondance d&rsquo;exemples permet de mesurer l&rsquo;ampleur de ses souffrances, tant\u00f4t physiques, tant\u00f4t morales. Les premiers gros soucis dont elle fait part \u00e0 son amie religieuse sont les probl\u00e8mes de&nbsp;sant\u00e9 de ses parents. Mais tr\u00e8s vite sa propre fatigue commence \u00e0 la g\u00eaner. La lettre du 7 avril 1941 vient annoncer la mort du p\u00e8re d&rsquo;Anjela Duval \u00ab enlev\u00e9&nbsp;en 3 jours par une congestion pulmonaire \u00bb. La jeune femme raconte plus tard combien elle s&rsquo;occupait de lui dans ses derni\u00e8res ann\u00e9es: \u00abMon p\u00e8re en vieillissant et en perdant ses forces \u00e9tait devenu pour ainsi dire notre enfant, on le soignait comme on soigne un enfant et il s&rsquo;en trouvait si bien qu&rsquo;il en pleurait en nous remerciant 19. \u00bb Sa mort bouleverse les deux femmes de Trao\u00f1-an-Dour. Rapidement l&rsquo;\u00e9tat de Mme Duval s&rsquo;aggrave \u00e9galement ; Ang\u00e8le doit s&rsquo;en&nbsp;occuper attentivement. Ainsi, dans la m\u00eame lettre, elle explique que sa m\u00e8re a \u00e9t\u00e9 victime d&rsquo;une insolation \u00ab en revenant de la grand messe le 27 juillet.&nbsp;Elle a \u00e9t\u00e9 sans connaissance jusqu&rsquo;au lendemain matin. Elle a re\u00e7u l&rsquo;Extr\u00eame-Onction dans cet \u00e9tat puis, quand elle a repris ses sens elle a pu se confesser et&nbsp;communier vers 9 heures du matin. Oh cette nuit l\u00e0 ! J&rsquo;ai cri\u00e9 ma peine \u00e0 St Yves qu&rsquo;Il m&rsquo;a encore accord\u00e9 le miracle car le m\u00e9decin l&rsquo;avait condamn\u00e9e, mais des&nbsp;jours et des nuits je l&rsquo;ai disput\u00e9e \u00e0 la mort j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 deux mois exacts sans me d\u00e9shabiller je m&rsquo;allongeais sur un lit de fortune tout pr\u00e8s de son lit me levant dix fois la nuit pour la soigner. \u00bb Et elle ajoute : \u00ab C&rsquo;est le travail de trois personnes que je dois faire maintenant, je ressemble plus \u00e0 une machine qu&rsquo;\u00e0 une personne civilis\u00e9e. \u00bb On imagine avec quelle abn\u00e9gation Ang\u00e8le a d\u00fb faire face. La lutte, dans un sens large, est au centre de son oeuvre. Elle est \u00e9galement au coeur de sa vie. Le quotidien ne semble jamais aller de soi, il s&rsquo;inscrit au contraire comme un combat permanent pour rester debout, le plus dignement possible. La ran\u00e7on de cette t\u00e9nacit\u00e9 : un \u00e9norme \u00e9puisement s&rsquo;abat sur la jeune femme quelques ann\u00e9es plus tard. D\u00e8s les ann\u00e9es 1942-1943, elle se plaint d&rsquo;une fatigue \u00e9crasante dans presque toutes ses lettres. En septembre 1950, elle ne peut plus se lever : \u00abDeux docteurs sont venus, ils pr\u00e9tendent que je n&rsquo;ai aucune maladie bien d\u00e9termin\u00e9e [&#8230;] tout cela avait pour cause la fatigue, le surmenage intense et prolong\u00e9, une an\u00e9mie profonde. On m&rsquo;a prescrit 3 mois de repos complet, avec d\u00e9fense de recommencer les travaux fatigants. \u00bb Mais les sages recommandations des m\u00e9decins peuvent-elles \u00eatre respect\u00e9es ? Dans la m\u00eame lettre, elle confie : \u00abMa pens\u00e9e est absente, je ne trouve plus le fil de mes id\u00e9es c&rsquo;est une sorte de torpeur d&rsquo;o\u00f9 j&rsquo;ai du mal \u00e0 sortir. \u00bb Son \u00e9tat d&rsquo;\u00e9puisement est tel qu&rsquo;elle semble au bord de la d\u00e9pression nerveuse. Trois ans plus tard elle d\u00e9crit les m\u00eames sympt\u00f4mes : \u00ab Je suis vraiment bien bas et je crains pour ma raison tant mes malaises sont \u00e9tranges, je sais bien que c&rsquo;est la fatigue et le chagrin [sa m\u00e8re vient de mourir]&nbsp;qui m&rsquo;ont mise dans cet \u00e9tat. \u00bb Les ann\u00e9es suivantes n&rsquo;apportent aucun apaisement. En 1955, elle \u00e9voque une \u00ab grave crise cardiaque avec un peu de congestion c\u00e9r\u00e9brale \u00bb, elle affirme : \u00ab Je crains la paralysie d\u00e9finitive il me faut presque constamment un appui pour rester debout et marcher et mes bras ne sont pas beaucoup plus solides. \u00bb En 1958, son \u00e9tat s&rsquo;est tellement d\u00e9grad\u00e9 que seule la morphine la soulage&#8230; En 1970, une nouvelle alerte cardiaque fait craindre le pire : \u00ab Ma ch\u00e8re Soeur Michel je vous \u00e9cris de mon lit d&rsquo;h\u00f4pital o\u00f9 je suis clou\u00e9e depuis huit jours. Le mardi soir j&rsquo;ai eu une crise cardiaque. Comment j&rsquo;ai r\u00e9sist\u00e9 ? L&rsquo;heure n&rsquo;\u00e9tait pas venue! Depuis il y a des hauts et des bas je ne sais pas ce que je dois attendre. \u00bb Les exemples sont nombreux et ne se r\u00e9duisent pas \u00e0 cette \u00e9num\u00e9ration pourtant d\u00e9j\u00e0 longue. En une phrase Anjela Duval se r\u00e9sume : \u00abPour ce qui est de moi, ma vie est un miracle de tous les&nbsp;jours, je ne tiens debout que par habitude. \u00bb Le corps se d\u00e9robe mais l&rsquo;esprit r\u00e9siste. La sant\u00e9 vacille mais les soir\u00e9es sont, jusqu&rsquo;\u00e0 ses derniers jours, consacr\u00e9es au courrier et \u00e0 la po\u00e9sie. L&rsquo;\u00e9criture suspend la douleur du corps, la douleur de la solitude.&nbsp;Lecture et \u00e9criture amputent beaucoup le temps de sommeil. Andr\u00e9 Souliman m&rsquo;a confirm\u00e9 les veilles tardives et r\u00e9p\u00e9t\u00e9es d&rsquo;Anjela Duval. Lorsqu&rsquo;il lui arrivait&nbsp;d&rsquo;achever des travaux agricoles \u00e0 une heure avanc\u00e9e de la nuit et qu&rsquo;il passait chez elle avant de partir, il la trouvait au lit, plong\u00e9e dans la lecture. Elle lisait r\u00e9guli\u00e8rement jusqu&rsquo;\u00e0 une heure du matin. Anjela avait bien conscience de voler ainsi du temps \u00e0 un repos n\u00e9cessaire, mais ne modifiait pas pour autant ses habitudes. Sa correspondance montre qu&rsquo;elle a toujours profit\u00e9 de ce moment du soir pour se consacrer \u00e0 l&rsquo;\u00e9criture. Elle pr\u00e9cise dans de nombreuses lettres qu&rsquo;il est onze heures ou minuit. Parfois elle para\u00eet en achever pr\u00e9matur\u00e9ment la r\u00e9daction tant le sommeil la gagne. D\u00e8s 1943 elle note : \u00abTous les jours je me disais : ce soir il faut que j&rsquo;\u00e9crive \u00e0 Soeur Michel (car il y a des ann\u00e9es que je n&rsquo;\u00e9cris pas le jour) et tous les soirs j&rsquo;\u00e9tais trop tard et surtout trop fatigu\u00e9e ; car je l&rsquo;avoue j&rsquo;ai peur de ne pouvoir tenir tant je me sens fatigu\u00e9e, depuis f\u00e9vrier je suis assez mal en point. \u00bb En 1950, elle exprime \u00e0 nouveau cet \u00e9tat de lassitude : \u00ab Il faut que je vous quitte ma ch\u00e8re Soeur Michel, je suis transie et puis je ne me sens pas d&rsquo;ailes ce soir je suis&nbsp;trop fatigu\u00e9e alors on a du plomb dans l&rsquo;\u00e2me. \u00bb De nombreuses lettres portent ce type de remarques, ce qui r\u00e9v\u00e8le son \u00e9tat d&rsquo;ext\u00e9nuation. Plus tard, les m\u00eames&nbsp;heures tardives seront d\u00e9volues \u00e0 la production po\u00e9tique et l&rsquo;\u00e9nergie cr\u00e9atrice l&rsquo;am\u00e8nera \u00e9galement \u00e0 veiller : \u00ab Malgr\u00e9 la temp\u00e9rature sib\u00e9rienne je me couchais tous les jours vers minuit. Je n&rsquo;arrive plus \u00e0 contenter tout le monde avec mon breton, et je n&rsquo;ai pour \u00e9crire que le temps que je prends sur mon sommeil <sup>20<\/sup>.\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Qu&rsquo;en est-il de sa solitude ? Aucun de mes interlocuteurs ne m&rsquo;a laiss\u00e9 entendre qu&rsquo;elle ait pu souffrir de vivre seule. Pourquoi ne s&rsquo;est-elle pas mari\u00e9e ? Ses&nbsp;parents ont-ils influenc\u00e9 sa d\u00e9cision ? Elle a toujours fait preuve d&rsquo;un tr\u00e8s grand d\u00e9vouement \u00e0 leur \u00e9gard et apparemment ils ne souhaitaient pas son d\u00e9part.&nbsp;On peut l\u00e9gitimement s&rsquo;interroger sur leur r\u00f4le dans ce renoncement \u00e0 fonder un foyer. Il m&rsquo;a \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9 qu&rsquo;elle a eu deux \u00ab soupirants \u00bb, l&rsquo;un de Tr\u00e9grom,&nbsp;l&rsquo;autre du Vieux-March\u00e9. Mais dans les deux cas le mariage n&rsquo;a pas eu lieu. Certes, il est difficile aujourd&rsquo;hui de saisir la complexit\u00e9 de choix aussi intimes,&nbsp;de redessiner les contours d&rsquo;un contexte familial, de d\u00e9nouer l&rsquo;\u00e9cheveau des sentiments&#8230; Mais quelle aurait \u00e9t\u00e9 la vie d&rsquo;Ang\u00e8le mari\u00e9e ? Le plaisir des mots aurait-il pu s&rsquo;exprimer avec la m\u00eame vigueur ? Aurait-elle consacr\u00e9 tant d&rsquo;\u00e9nergie \u00e0 coucher sur le papier une moisson de po\u00e8mes ? Nulle r\u00e9ponse, mais des suppositions \u00e9clair\u00e9es par tel ou tel aspect de sa personnalit\u00e9&#8230; Elle ne parle d&rsquo;ailleurs jamais de ce sujet dans la correspondance dont j&rsquo;ai eu connaissance.&nbsp;Mais elle ouvre son coeur, confie ses peines et l&rsquo;on sent toute sa tristesse de n&rsquo;avoir pas davantage d&rsquo;\u00e9changes profonds. De tr\u00e8s nombreuses lettres traduisent un sentiment de d\u00e9sappointement voire de d\u00e9senchantement, particuli\u00e8rement apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s de sa m\u00e8re: \u00abDommage que vous n&rsquo;\u00eates pas plus pr\u00e8s de moi, je pourrais au moins d\u00e9lester mon coeur dans le v\u00f4tre comme le chagrin tue quand on ne peut exhaler sa peine dans un coeur ami, et moi j&rsquo;ai des dispositions particuli\u00e8res avec mon \u00e2me vibrante 21. \u00bb Comment ne pas percevoir dans ces propos une aspiration au partage? Parfois elle se sent mise \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart, rejet\u00e9e : \u00ab si vous saviez ce que c&rsquo;est que d&rsquo;\u00eatre seule dans la vie ! et malade et pauvre et qu&rsquo;on est d\u00e9laiss\u00e9e et m\u00e9pris\u00e9e par ceux-l\u00e0 en qui on avait confiance, justement parce qu&rsquo;on est la parente pauvre. J&rsquo;ai eu une crise de d\u00e9pression pour ne pas dire de d\u00e9sespoir, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 \u00e0 deux doigts d&rsquo;une fi\u00e8vre c\u00e9r\u00e9brale 22. \u00bb Ainsi, la paysanne de Trao\u00f1-an-Dour, qui n&rsquo;a pas encore trouv\u00e9 la voie de l&rsquo;expression po\u00e9tique, ne vit pas dans le bonheur. Les difficult\u00e9s s&rsquo;amoncellent, chaque jour apporte son lot de peines et les r\u00e9jouissances se font bien rares.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La sant\u00e9 d\u00e9ficiente, la fatigue accumul\u00e9e, la maison laiss\u00e9e vide par la mort des parents paraissent former les piliers d&rsquo;un temple de souffrance. Malgr\u00e9 son&nbsp;\u00e9troite relation avec la terre et les choses de l&rsquo;univers, il manque \u00e0 Ang\u00e8le certaines cl\u00e9s pour vivre pleinement. Seule une foi intense lui permet de supporter sa condition. C&rsquo;est ce que nous disent ses lettres d\u00e8s 1943 : \u00abPour ma part je ne saurais jamais assez remercier le bon Dieu de la grande gr\u00e2ce d&rsquo;avoir re\u00e7u une \u00e9ducation chr\u00e9tienne elle est la joie de ma vie ; je sais que mes souffrances ne sont pas vaines. \u00bb Ou encore : \u00ab La vie n&rsquo;est pas rose tous les jours, et \u00e0 certains moments Dieu lui-m\u00eame se tait on se croit totalement abandonn\u00e9 et c&rsquo;est la supr\u00eame souffrance ; la croix toute nue, l&rsquo;heure du combat l&rsquo;heure o\u00f9 nous sentons notre mis\u00e8re notre n\u00e9ant, mais dans l&rsquo;\u00e9conomie divine cette heure a probablement son prix proportionnel \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve 23. \u00bb Ces propos traduisent un sens aigu du sacrifice. Pour cette grande chr\u00e9tienne, la souffrance sur terre est une caract\u00e9ristique de l&rsquo;humaine condition et Dieu d\u00e9cide du sort de ses cr\u00e9atures. Dans cette perspective, la souffrance a valeur de r\u00e9demption et sert pour l&rsquo;\u00c9ternit\u00e9. Anjela se sent \u00e9galement redevable pour l&rsquo;ensemble de sa famille, ce qui souligne son sens du sacrifice : \u00ab Enfin dieu est le ma\u00eetre et comme je suis la derni\u00e8re de cette branche il faut que je paye la note, apr\u00e8s moi Dieu ne pr\u00e9sentera plus la note \u00e0 personne puisqu&rsquo;il n&rsquo;y aura plus personne. \u00bb Ces mots sont tr\u00e8s lourds de cons\u00e9quence : le bonheur sur terre peut-il seulement exister pour Ang\u00e8le ? Sa vie ne doit-elle \u00eatre qu&rsquo;une succession de difficult\u00e9s? Que pleurait-elle d\u00e8s 1936 quand son amie religieuse vint lui rendre visite? Une lettre de cette derni\u00e8re est sans ambigu\u00eft\u00e9 : \u00ab En tout cas, je souhaite qu&rsquo;au lieu de vous trouver en larmes sur un lit de douleur comme \u00e0 ma derni\u00e8re visite, j&rsquo;aurai au contraire le plaisir de vous voir pleine de vie et d\u00e9bordante d&rsquo;activit\u00e9. \u00bb Ce sens du sacrifice lui a \u00e9t\u00e9 inculqu\u00e9 d\u00e8s le plus jeune \u00e2ge par son \u00e9ducation chr\u00e9tienne : \u00abMa M\u00e8re Raymondine n&rsquo;avait pas perdu son temps quand elle m&rsquo;apprenait autrefois \u00e0 faire des sacrifices. Je ne sais pas si le bon Dieu les a compt\u00e9s pour l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9, mais cela m&rsquo;a rudement entra\u00een\u00e9e \u00e0 la lutte pour la vie et \u00e0 la vie pour la lutte (au noble sens de ces mots bien entendu)24. \u00bb Bien des po\u00e8mes reprennent sous une forme ou une autre cette th\u00e9matique de la lutte et ces propos en \u00e9clairent l&rsquo;une des origines.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;un \u00e9crivain<\/h4>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 partir de l&rsquo;\u00e9change \u00e9pistolaire dont je disposais, qui couvre quarante ann\u00e9es, j&rsquo;ai pu constater des \u00e9volutions comme des constantes chez Anjela Duval. J&rsquo;ai \u00e9voqu\u00e9 son d\u00e9vouement sans limite \u00e0 ses parents, l&rsquo;\u00e2pret\u00e9 de son quotidien, sa sant\u00e9 m\u00e9diocre. Dans cette vie qui h\u00e9site, sa soif d&rsquo;absolu para\u00eet ne jamais pouvoir \u00eatre combl\u00e9e. Chez cette femme qui se cherche, qui manque d&rsquo;\u00e9changes riches, la d\u00e9couverte de la litt\u00e9rature et l&rsquo;entr\u00e9e en \u00e9criture vont combler un grand vide. Le lien para\u00eet alors indissociable entre langue bretonne et activit\u00e9 po\u00e9tique. L&rsquo;\u00e9l\u00e8ve de l&rsquo;\u00e9cole des soeurs de Tr\u00e9grom \u00e9tait souvent cit\u00e9e en exemple par l&rsquo;institutrice ; cette derni\u00e8re consid\u00e9rait qu&rsquo;elle \u00e9tait travailleuse, pieuse et qu&rsquo;elle lui \u00ab donnait enti\u00e8re satisfaction \u00bb 25. L&rsquo;intelligence d&rsquo;Anjela n&rsquo;a jamais fait de doute&#8230; Plus tard, le plaisir de l&rsquo;\u00e9criture se d\u00e9ploie \u00e0 travers les lettres m\u00eame si, parfois, certains courriers la contraignent un peu : \u00ab Puis hier soir j&rsquo;ai voulu me d\u00e9barrasser de mes lettres ennuyeuses o\u00f9 il faut soigner son style et faire des embarras 26. \u00bb Il semble qu&rsquo;elle en r\u00e9dige un certain nombre, en particulier pour les voeux de nouvel an ; parfois elle aide m\u00eame les autres : \u00abune personne est venue me demander de lui faire sa correspondance du 1er de l&rsquo;an 27. \u00bb Il serait certainement int\u00e9ressant de savoir combien de lettres elle a pu \u00e9crire et envoyer, aux quatre coins de Bretagne&#8230; ou aux quatre coins du monde. Si sa po\u00e9sie est un prolongement d&rsquo;elle-m\u00eame, sa prose l&rsquo;est \u00e9galement. Elle \u00e9claire autrement la complexit\u00e9 d&rsquo;Anjela, trait d&rsquo;union entre des mondes si diff\u00e9rents. \u00c0 partir de quand la femme de Trao\u00f1-an-Dour a-t-elle eu cet amour de la po\u00e9sie ? Mme Corson m&rsquo;a expliqu\u00e9 que deux tantes&nbsp;d&rsquo;Ang\u00e8le, religieuses, \u00e9crivaient \u00e9galement en breton et en fran\u00e7ais. Ceci m&rsquo;a \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9 par l&rsquo;\u00e9change \u00e9pistolaire, puisqu&rsquo;elle fait parvenir \u00e0 son amie trois po\u00e8mes de l&rsquo;une d&rsquo;entre elles. J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement surprise de leur qualit\u00e9 et de l&rsquo;\u00e9motion qu&rsquo;ils d\u00e9gagent. Ils sont dat\u00e9s de 1894 et 1896 et \u00e9crits dans un fran\u00e7ais parfait, en alexandrins. Deux titres sont particuli\u00e8rement int\u00e9ressants par rapport \u00e0 l&rsquo;oeuvre-m\u00eame d&rsquo;Anjela Duval : \u00ab Souvenir de juin 1894 \u00bb qui \u00e9voque l&rsquo;enfance \u00e0 Roperz-Huon et \u00ab Le Vendredi Saint \u00e0 Ropers-Huon \u00bb. Ang\u00e8le a-t-elle eu contact d\u00e8s l&rsquo;enfance avec les po\u00e8mes de ses tantes ? Comment cette activit\u00e9 \u00e9tait-elle per\u00e7ue par le reste de la famille ? Ces po\u00e8mes n&rsquo;ont-ils trouv\u00e9 place que dans un jardin secret ? Autant de questions qui ne sont pas n\u00e9gligeables. En effet, leurs r\u00e9ponses conditionnent en partie l&rsquo;entr\u00e9e en \u00e9criture d&rsquo;Ang\u00e8le, et expliquent peut-\u00eatre la discr\u00e9tion dont elle enveloppe sa plume, ainsi que le peu de temps qu&rsquo;elle semble consacrer au travail des mots, cette \u00ab distraction bien innocente \u00bb. La lettre qui accompagne les po\u00e8mes de Marie-Jeanne Ollivier recopi\u00e9s par Anjela Duval n&rsquo;est pas dat\u00e9e mais a d\u00fb \u00eatre \u00e9crite vers 1955.&nbsp;Les premi\u00e8res lettres o\u00f9 la paysanne exprime son int\u00e9r\u00eat pour la langue et la litt\u00e9rature bretonnes soulignent \u00e0 quel point cette rencontre la comble de satisfaction. En 1959, elle raconte \u00e0 son amie: \u00ab J&rsquo;ai gagn\u00e9 un foulard et un livre dans un concours de Breton. Je suis fi\u00e8re de mon breton. \u00bb Cette fiert\u00e9 contraste avec le ton habituel de ses lettres. Cette activit\u00e9 lui permet de valoriser ses connaissances, ce qui est tout nouveau pour elle. Elle tient son interlocutrice au courant de ses d\u00e9couvertes, mais d&rsquo;abord de fa\u00e7on parcimonieuse : \u00ab j&rsquo;ai re\u00e7u 1 livre de Messe en Breton et \u201c Les \u00c9p\u00eetres Catholiques \u201d \u00e9galement en Breton. J&rsquo;\u00e9tais fi\u00e8re vous savez !\u00bb Elle commence \u00e0 utiliser la formule de voeux en breton \u00e0 partir de 1958 et ensuite emploie des mots bretons, mais tr\u00e8s peu car son amie ne sait sans doute pas lire le breton. Est-ce pour cette raison qu&rsquo;elle tarde \u00e0 lui d\u00e9voiler son \u00e9volution ? Est-ce par manque de confiance en elle-m\u00eame ? Par pudeur ? En 1962, elle r\u00e9v\u00e8le sa passion nouvelle. Mais elle cultive le myst\u00e8re en promettant \u00ab un merveilleux secret ! \u00bb Et d&rsquo;ajouter aussit\u00f4t : \u00ab il s&rsquo;agit d&rsquo;une distraction bien innocente que je me suis permise \u00bb. Toutefois, elle ne lui livre la confidence que dans la lettre suivante&#8230; \u00abMa ch\u00e8re soeur Michel il faut donc que je m&rsquo;ex\u00e9cute et voici le merveilleux secret que je vous livre en vous priant de le garder pour vous : je suis devenue \u00e9crivain breton [c&rsquo;est elle qui souligne] Oh pas un grand \u00e9crivain bien s\u00fbr, mais je fais ce que je peux pour notre belle langue qui se meurt d&rsquo;inanition, ou plut\u00f4t non&#8230; elle ne meurt pas, au contraire elle commence \u00e0 revivre plus belle que jamais, gr\u00e2ce \u00e0 des savants au grand coeur. \u00bb Elle lui joint un po\u00e8me, \u00abun \u00e9chantillon \u00bb de son travail. Elle est comme soulag\u00e9e de s&rsquo;\u00eatre confi\u00e9e \u00e0 son amie. En m\u00eame temps, elle semble un peu mal \u00e0 l&rsquo;aise : \u00abPardonnez-moi d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 deux ans \u00e0 vous faire part de cette cachotterie ; en plus j&rsquo;ai fait une trentaine de contes qui n&rsquo;ont pas encore trouv\u00e9 d&rsquo;\u00e9diteur. \u00bb Propos particuli\u00e8rement r\u00e9v\u00e9lateur : Anjela exprime ce qu&rsquo;elle pense d&rsquo;elle-m\u00eame, avec un m\u00e9lange de bonheur et de modestie qui la rend touchante. Elle est toute \u00e0 son enthousiasme : l&rsquo;adjectif \u00ab merveilleux \u00bb figurait d\u00e9j\u00e0 \u00e0 la lettre pr\u00e9c\u00e9dente. Elle souligne son nouveau statut, mais il n&rsquo;y a l\u00e0 ni orgueil, ni vanit\u00e9 ; au contraire, elle d\u00e9crit simplement la pierre qu&rsquo;elle apporte \u00e0 l&rsquo;\u00e9difice de la litt\u00e9rature bretonne. Au fil des lettres, on peut suivre l&rsquo;\u00e9volution de sa cr\u00e9ation. Elle annonce ses premi\u00e8res publications : \u00ab Quatre de mes po\u00e8mes ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s dans deux revues bretonnes Al Liamm et Ar Bed Keltiek 28. \u00bb Elle pr\u00e9cise en 1963 que des po\u00e8mes sont parus dans la revue Barr-Heol, puis que lors d&rsquo;une veill\u00e9e bretonne, au Vieux-March\u00e9, l&rsquo;une de ses chansons a \u00e9t\u00e9 chant\u00e9e : \u00ab E-tal an tan, avec musique de Danno \u00bb. En 1976, elle \u00e9voque la venue de Mlle Martin : \u00ab Elle avait besoin de mes cahiers pour pr\u00e9parer un nouveau recueil de Po\u00e8mes.\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Son regard sur ceux qui ont \u00e0 coeur de rendre au breton toute sa place montre \u00e0 quel point elle se sous-estime et admire les gens de savoir. Cette attitude de grand respect pour ceux qu&rsquo;elle appelle les \u00ab savants \u00bb est constante dans ses lettres. Elle cite quelques personnes devenues importantes pour elle. Ivona Martin en fait partie : \u00ab Le Bon Dieu me g\u00e2te j&rsquo;ai re\u00e7u cette semaine deux paquets de livres bretons d&rsquo;une dame charitable de Brest quel bonheur <sup>29<\/sup> \u00bb, \u00ab J&rsquo;ai re\u00e7u une lettre de Mlle Yvonne mardi elle \u00e9tait heureuse que je lui aie \u00e9crit en breton <sup>30<\/sup>. \u00bb D&rsquo;autres courriers montrent toute l&rsquo;importance de son entourage dans ses publications : \u00ab Voil\u00e0 maintenant qu&rsquo;on me demande de collaborer \u00e0 une Revue Parisienne qui publie des po\u00e8mes en diverses langues avec traductions en fran\u00e7ais. Je ne me sens pas de taille \u00e0 figurer parmi de tels \u00e9crivains mais Mlle Martin et M. Ronan Huon auxquels j&rsquo;avais soumis la proposition m&rsquo;ont conseill\u00e9 d&rsquo;accepter <sup>31<\/sup>. \u00bb On per\u00e7oit bien comment la po\u00e9tesse de Trao\u00f1-an-Dour demeure humble et finalement peu s\u00fbre d&rsquo;elle dans sa cr\u00e9ation. Progressivement,&nbsp;elle d\u00e9couvre le travail de l&rsquo;\u00e9criture et accepte volontiers de l&rsquo;aide : elle raconte ainsi la visite de l&rsquo;abb\u00e9 Le Clerc en d\u00e9cembre 1962 : \u00ab J&rsquo;ai pass\u00e9 un moment dur car c&rsquo;est lui le critique litt\u00e9raire breton. Il a pass\u00e9 au crible tous mes po\u00e8mes. Ses conseils m&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s pr\u00e9cieux car jusqu&rsquo;ici j&rsquo;avais travaill\u00e9 absolument seule sans aucune le\u00e7on. Il doit d&rsquo;ailleurs revenir cet hiver avec l&rsquo;abb\u00e9 Bourdelles professeur au lyc\u00e9e de Lannion. \u00bb Elle est cultiv\u00e9e et talentueuse, mais ne semble pas s&rsquo;en rendre compte. Comme nous l&rsquo;avons vu, l&rsquo;ensemble de sa correspondance laisse imaginer qu&rsquo;elle n&rsquo;avait pas con\u00e7u une image tr\u00e8s positive d&rsquo;elle-m\u00eame. Malgr\u00e9 la reconnaissance de son talent d&rsquo;\u00e9crivain et les encouragements de personnes qu&rsquo;elle respecte beaucoup, elle n&rsquo;est pas convaincue d&rsquo;appartenir au cercle des grands.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette notori\u00e9t\u00e9 soudaine l&rsquo;\u00e9tonne, la d\u00e9concerte voire la d\u00e9range. Son passage \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision fait affluer de tr\u00e8s nombreux visiteurs \u00e0 Trao\u00f1-an-Dour. Le voyeurisme de certains ne plaisait pas \u00e0 Anjela. Andr\u00e9 Souliman m&rsquo;a d&rsquo;ailleurs racont\u00e9 que lorsque quelqu&rsquo;un l&rsquo;importunait, elle quittait la maison et restait travailler au champ jusqu&rsquo;\u00e0 ce que cette personne quitte la ferme. Mme Blanchard m&rsquo;a aussi rapport\u00e9 l&rsquo;anecdote suivante, particuli\u00e8rement savoureuse : un jour, cette dame re\u00e7oit la visite de gens de Louargat qui lui demandent o\u00f9 habite Anjela Duval. Mais elle leur trouve une dr\u00f4le d&rsquo;allure et ne les renseigne pas. Ils partent donc sans la r\u00e9ponse. (\u00ab Mais je me disais, si ceux-ci arrivent chez Ang\u00e8le, comment Ang\u00e8le va se d\u00e9mener avec tout \u00e7a ? \u00bb) Quelques jours plus tard, Mme Blanchard rend visite \u00e0 Anjela et lui demande: \u00ab Et les clients qui sont venus tel jour te voir ? \u00bb La r\u00e9ponse ne tarde pas : \u00ab La prochaine fois que tu recevras des gens comme \u00e7a&#8230; tu leur diras&#8230; quand ils te demanderont o\u00f9 j&rsquo;habite, tu les enverras \u00e0 Koad-an-Noz et le temps de faire le tour de la for\u00eat, il faudra bien qu&rsquo;ils rentrent chez eux. \u00bb Mme Corson m&rsquo;a tenu le m\u00eame type de propos. Les nombreux visiteurs de Trao\u00f1-an-Dour accaparaient beaucoup une femme d\u00e9j\u00e0 \u00e9puis\u00e9e, occup\u00e9e par les travaux de sa petite ferme. Elle para\u00eet d\u00e9pass\u00e9e par tous ces bouleversements et se plaint \u00e0 ses proches de ce surcro\u00eet de travail. Les visiteurs l&rsquo;importunent jusqu&rsquo;\u00e0 son lit d&rsquo;h\u00f4pital et elle ne sait comment s&rsquo;en d\u00e9faire : \u00ab J&rsquo;ai des visites innombrables. Ces maudits journalistes ont fait savoir au public d&rsquo;Ouest-France que j&rsquo;\u00e9tais \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital comme si tout l&rsquo;ouest avait besoin de savoir, Tonnerre ; je ne suis ni Giscard ni Brigitte Bardot et j&rsquo;ai besoin de paix \u00bb, ou encore : \u00ab J&rsquo;ai des visites tous les jours (trop) cela fait monter la fi\u00e8vre. C&rsquo;est curieux de voir des personnes \u00e9minentes se d\u00e9placer de loin pour une si insignifiante personne <sup>32<\/sup>.\u00bb Sollicit\u00e9e pour ses po\u00e8mes, elle consacre son temps de repos \u00e0 \u00e9crire : \u00ab Je suis prise dans l&rsquo;engrenage. Je regrette presque, car j&rsquo;ai si peu de temps \u00e0 consacrer au Breton, seulement ce que je vole \u00e0 mon sommeil. Et avec cela mes relations se sont \u00e9largies et ma correspondance me mange un temps pr\u00e9cieux 33. \u00bb Elle insiste un an plus tard : \u00ab Je n&rsquo;arrive plus \u00e0 contenter tout le monde avec mon breton, et je n&rsquo;ai pour \u00e9crire que le temps que je prends sur mon sommeil.\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 partir des ann\u00e9es 1950, on peut donc remarquer dans ces lettres un d\u00e9placement des centres d&rsquo;int\u00e9r\u00eat puisqu&rsquo;Anjela parle du breton, des publications et de ses nombreuses visites. Sa correspondance m&rsquo;a \u00e9galement permis de dater son changement de signature : \u00e0 partir de 1966, Anjela supplante d\u00e9finitivement Ang\u00e8le. Loin d&rsquo;\u00eatre un acte anodin, cette utilisation de la forme bretonne du pr\u00e9nom marque une \u00e9tape dans un processus d&rsquo;\u00e9volution profonde. En signant Anjela elle pose un acte fort, affirmant un choix identitaire. La rencontre avec l&rsquo;\u00e9criture, indissociable de sa langue d&rsquo;expression, participe d&rsquo;une rencontre bien plus importante encore : celle d&rsquo;une femme avec elle-m\u00eame. Les ann\u00e9es de silence douloureux v\u00e9cues par Ang\u00e8le ont f\u00e9cond\u00e9 un territoire int\u00e9rieur qui ne demande qu&rsquo;\u00e0 germer. Progressivement, l&rsquo;arri\u00e8re pays, celui de la r\u00e9flexion, de l&rsquo;\u00e9motion contenue, de la recherche d&rsquo;absolu, rencontre le pays, celui de la terre, du labeur, de l&rsquo;effort r\u00e9p\u00e9t\u00e9. Et cette rencontre merveilleuse se fait par le cheminement des mots dans le po\u00e8me. La cr\u00e9ation donne sens \u00e0 cette vie qui se cherchait. La reconnaissance du talent d&rsquo;Anjela consacre ses choix. N&rsquo;\u00e9tait-ce pas cela d&rsquo;ailleurs qu&rsquo;elle attendait depuis fort longtemps : \u00ab quand on a bien travaill\u00e9 on attend une r\u00e9compense et quand c&rsquo;est le contraire qui nous arrive cela nous d\u00e9senchante \u00bb 34. La place qui devient la sienne est certainement \u00e9reintante car Trao\u00f1-an-Dour se transforme presque en lieu de p\u00e9lerinage, mais malgr\u00e9 tout, Anjela acc\u00e8de \u00e0 une reconnaissance litt\u00e9raire qui efface bien des moments difficiles&#8230; Les t\u00e9moignages que j&rsquo;ai recueillis mettent en \u00e9vidence qu&rsquo;elle vivait entre deux mondes : elle \u00e9tait paysanne et po\u00e9tesse. Comment le vivait-elle ? Andr\u00e9 Souliman m&rsquo;a expliqu\u00e9 qu&rsquo;Anjela ne parlait pas de la po\u00e9sie aux gens de son entourage, esquivait les questions sur cette activit\u00e9. De fait, beaucoup d&rsquo;habitants de Tr\u00e9grom ou du Vieux-March\u00e9 n&rsquo;ont d\u00e9couvert la somme de sa production qu&rsquo;apr\u00e8s sa disparition&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Anjela Duval est morte depuis vingt ans, mais ses textes restent vivants. La publication de leur int\u00e9gralit\u00e9 est un pas important pour rendre son oeuvre plus accessible. Ne serait-il pas int\u00e9ressant aujourd&rsquo;hui de se pencher aussi sur les nombreuses lettres qu&rsquo;elle a pu \u00e9crire ? La confrontation de diff\u00e9rents types de correspondance permettrait de repr\u00e9ciser certains aspects de sa r\u00e9flexion, de mieux saisir les cons\u00e9quences de ses prises de position. En lisant et relisant cet \u00e9change \u00e9pistolaire entre Anjela et son amie religieuse, j&rsquo;ai constat\u00e9 que les sujets qu&rsquo;elle aborde sont naturellement li\u00e9s \u00e0 la personnalit\u00e9-m\u00eame de son interlocutrice. Elle parle beaucoup de sa ferme parce qu&rsquo;il s&rsquo;agit de son univers de pr\u00e9dilection, mais \u00e9galement parce que Soeur Marie de Saint-Michel est elle m\u00eame issue du milieu paysan, qu&rsquo;elle peut r\u00e9ellement comprendre ses pr\u00e9occupations. Et si Anjela lui confie ses tourments, c&rsquo;est aussi parce qu&rsquo;elle se sent \u00e9cout\u00e9e et r\u00e9confort\u00e9e. Il est ainsi vraisemblable que chaque correspondance suivie ait un ton particulier, des sujets pr\u00e9f\u00e9rentiels. Les comparer \u00e9largirait la pr\u00e9cision et la richesse de nos informations&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le portrait que nous avons esquiss\u00e9 ici est donc forc\u00e9ment partiel. Il repose sur une seule correspondance dont le principal int\u00e9r\u00eat est de faire d\u00e9couvrir Anjela avant qu&rsquo;elle ne devienne un \u00e9crivain reconnu. Les t\u00e9moignages compl\u00e8tent les propos des lettres en offrant une vision ext\u00e9rieure d&rsquo;Anjela quand sa propre prose nous livre son int\u00e9riorit\u00e9. Il y a chez la femme, et surtout dans la longue p\u00e9riode o\u00f9 elle n&rsquo;\u00e9crit pas, une souffrance importante. Une vie de labeur et de pauvret\u00e9, une sant\u00e9 pr\u00e9caire, un certain isolement affectif peuvent expliquer ses acc\u00e8s de tristesse et de d\u00e9couragement. Mais la soif d&rsquo;absolu et la dimension sacrificielle que r\u00e9v\u00e8lent ses lettres nous permettent de mieux comprendre les tourments de son \u00e2me et sa qu\u00eate de sens. Tardive, l&rsquo;entr\u00e9e en \u00e9criture n&rsquo;en appara\u00eet que plus forte. La vie lui permet soudain un accomplissement int\u00e9rieur et lui offre la reconnaissance. Certes, la notori\u00e9t\u00e9 apporte son lot de difficult\u00e9s et bouleverse la vie de la paysanne de Trao\u00f1-an-Dour. Mais l&rsquo;existence de celle qui choisit de devenir Anjela prend une autre dimension parce qu&rsquo;elle accorde enfin de l&rsquo;importance \u00e0 sa propre parole. \u00abTout homme est cr\u00e9\u00e9 pour dire la v\u00e9rit\u00e9 de sa terre \u00bb, affirme l&rsquo;\u00e9crivain martiniquais Edouard Glissant. L&rsquo;oeuvre d&rsquo;Anjela Duval est sous-tendue par cette recherche. Si la litt\u00e9rature bretonne de cette \u00e9poque, y compris la litt\u00e9rature en fran\u00e7ais, accorde une place importante au territoire et aux pr\u00e9occupations d&rsquo;ordre identitaire, la relation \u00e9troite qu&rsquo;entretient cette femme avec sa terre&nbsp;donne \u00e0 sa cr\u00e9ation po\u00e9tique une coloration toute particuli\u00e8re. Dans cet ensemble, n\u00e9cessairement pluriel et ouvert, Anjela Duval trouve son rang et contribue, par une oeuvre aux multiples facettes, \u00e0 la c\u00e9l\u00e9bration de la vie.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: justify;\">Notes<\/h4>\n<p style=\"text-align: justify;\">1. J&rsquo;apporte quelques pr\u00e9cisions concernant les personnes cit\u00e9es dans l&rsquo;article. Mme Corson \u00e9tait une ni\u00e8ce d&rsquo;Anjela, Monsieur Souliman a travaill\u00e9 les terres de Trao\u00f1-an-Dour, s&rsquo;est occup\u00e9 des chiens lorsqu&rsquo;Anjela \u00e9tait hospitalis\u00e9e. Il avait sa confiance puisqu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 son repr\u00e9sentant l\u00e9gal pour voter. Mme Guiomard \u00e9tait une voisine d&rsquo;enfance d&rsquo;Anjela et Mme Blanchard tenait un commerce \u00e0 Tr\u00e9grom. Je tiens par ailleurs \u00e0 remercier Ronan Le Coadic et les personnes qui ont accept\u00e9 de r\u00e9pondre \u00e0 mes questions : Mme Denise Blanchard, Messieurs Jean-Paul et Gustave Bourdonnec, Mme Marie-Th\u00e9r\u00e8se Corson, M. Philippe Corson, Mme Anne-Marie Guiomard, Mme Janig Leblanc, Mme Libouban, M. Andr\u00e9 Souliman.<br \/>\n2. Il est parfois difficile de retranscrire la ponctuation d&rsquo;Anjela, car sous sa plume virgules et points se ressemblent et elle s&rsquo;accorde certaines libert\u00e9s dans l&rsquo;utilisation des majuscules. J&rsquo;ai choisi de ne pas modifier sa fa\u00e7on d&rsquo;\u00e9crire dans l&rsquo;ensemble. Anjela ne se relisait vraisemblablement pas toujours, ce qui peut expliquer quelques entorses \u00e0 la r\u00e8gle.<br \/>\n3. Lettre du 6 ao\u00fbt 1961.<br \/>\n4. Lettre du 27 novembre 1946.<br \/>\n5. Lettre de 1960.<br \/>\n6. Lettre non dat\u00e9e.<br \/>\n7. Lettre non dat\u00e9e.<br \/>\n8. Lettre non dat\u00e9e.<br \/>\n9. Lettre du 12 septembre 1976.<br \/>\n10. Lettre non dat\u00e9e.<br \/>\n11. Lettre non dat\u00e9e.<br \/>\n12. Lettre non dat\u00e9e.<br \/>\n13. Lettre de 1942.<br \/>\n14. Lettre du 4 janvier 1942.<br \/>\n15. Lettre non dat\u00e9e.<br \/>\n16. Lettre non dat\u00e9e.<br \/>\n17. Lettre du 28 d\u00e9cembre 1953.<br \/>\n18. Lettre du 27 novembre 1946.<br \/>\n19. Lettre du 4 janvier 1942.<br \/>\n20. Lettre du 15 mars 1963.<br \/>\n21. Lettre de 1959.<br \/>\n22. Lettre non dat\u00e9e, mais dont le contexte permet de savoir qu&rsquo;elle a \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9e apr\u00e8s la mort de sa m\u00e8re, donc apr\u00e8s ao\u00fbt 1951.<br \/>\n23. Lettre du 31 d\u00e9cembre 1958.<br \/>\n24. Lettre du 30 d\u00e9cembre 1957.<br \/>\n25. Propos de Mme Blanchard, qui a fr\u00e9quent\u00e9 la m\u00eame \u00e9cole quelques ann\u00e9es apr\u00e8s Ang\u00e8le.<br \/>\n26. Lettre non dat\u00e9e.<br \/>\n27. M\u00eame lettre.<br \/>\n28. Lettre du 4 ao\u00fbt 1962.<br \/>\n29. Lettre non dat\u00e9e.<br \/>\n30. Lettre du 4 ao\u00fbt 1962.<br \/>\n31. Lettre du 20 d\u00e9cembre 1962.<br \/>\n32. Lettres de septembre 1976.<br \/>\n33. Lettre du 20 d\u00e9cembre 1962.<br \/>\n34. Lettre du 23 mai 1943.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nathalie Caradec L&rsquo;oeuvre abondante d&rsquo;Anjela Duval se pr\u00eate volontiers \u00e0 une analyse de type th\u00e9matique o\u00f9 se dessinent des lignes de force [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"_acf_changed":false,"ngg_post_thumbnail":0,"footnotes":""},"class_list":["post-1803","page","type-page","status-publish","hentry"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.4 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Portrait crois\u00e9 d\u2019Anjela Duval - Anjela Duval<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.anjela.org\/oberenn\/portrait-croise-danjela-duval\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Portrait crois\u00e9 d\u2019Anjela Duval - Anjela Duval\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Nathalie Caradec L&rsquo;oeuvre abondante d&rsquo;Anjela Duval se pr\u00eate volontiers \u00e0 une analyse de type th\u00e9matique o\u00f9 se dessinent des lignes de force [&hellip;]\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/www.anjela.org\/oberenn\/portrait-croise-danjela-duval\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Anjela Duval\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2025-08-13T16:05:04+00:00\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"40 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\\\/\\\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.anjela.org\\\/oberenn\\\/portrait-croise-danjela-duval\\\/\",\"url\":\"https:\\\/\\\/www.anjela.org\\\/oberenn\\\/portrait-croise-danjela-duval\\\/\",\"name\":\"Portrait crois\u00e9 d\u2019Anjela Duval - Anjela Duval\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.anjela.org\\\/oberenn\\\/#website\"},\"datePublished\":\"2017-09-21T22:16:13+00:00\",\"dateModified\":\"2025-08-13T16:05:04+00:00\",\"breadcrumb\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.anjela.org\\\/oberenn\\\/portrait-croise-danjela-duval\\\/#breadcrumb\"},\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"ReadAction\",\"target\":[\"https:\\\/\\\/www.anjela.org\\\/oberenn\\\/portrait-croise-danjela-duval\\\/\"]}]},{\"@type\":\"BreadcrumbList\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.anjela.org\\\/oberenn\\\/portrait-croise-danjela-duval\\\/#breadcrumb\",\"itemListElement\":[{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":1,\"name\":\"Accueil\",\"item\":\"https:\\\/\\\/www.anjela.org\\\/oberenn\\\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":2,\"name\":\"Portrait crois\u00e9 d\u2019Anjela Duval\"}]},{\"@type\":\"WebSite\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.anjela.org\\\/oberenn\\\/#website\",\"url\":\"https:\\\/\\\/www.anjela.org\\\/oberenn\\\/\",\"name\":\"Anjela Duval\",\"description\":\"\",\"publisher\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.anjela.org\\\/oberenn\\\/#organization\"},\"potentialAction\":[{\"@type\":\"SearchAction\",\"target\":{\"@type\":\"EntryPoint\",\"urlTemplate\":\"https:\\\/\\\/www.anjela.org\\\/oberenn\\\/?s={search_term_string}\"},\"query-input\":{\"@type\":\"PropertyValueSpecification\",\"valueRequired\":true,\"valueName\":\"search_term_string\"}}],\"inLanguage\":\"fr-FR\"},{\"@type\":\"Organization\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.anjela.org\\\/oberenn\\\/#organization\",\"name\":\"Mignoned Anjela\",\"url\":\"https:\\\/\\\/www.anjela.org\\\/oberenn\\\/\",\"logo\":{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.anjela.org\\\/oberenn\\\/#\\\/schema\\\/logo\\\/image\\\/\",\"url\":\"https:\\\/\\\/www.anjela.org\\\/oberenn\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2019\\\/11\\\/logo-mignoned-angela.png\",\"contentUrl\":\"https:\\\/\\\/www.anjela.org\\\/oberenn\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2019\\\/11\\\/logo-mignoned-angela.png\",\"width\":248,\"height\":147,\"caption\":\"Mignoned Anjela\"},\"image\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.anjela.org\\\/oberenn\\\/#\\\/schema\\\/logo\\\/image\\\/\"}}]}<\/script>\n<!-- \/ Yoast SEO plugin. -->","yoast_head_json":{"title":"Portrait crois\u00e9 d\u2019Anjela Duval - Anjela Duval","robots":{"index":"index","follow":"follow","max-snippet":"max-snippet:-1","max-image-preview":"max-image-preview:large","max-video-preview":"max-video-preview:-1"},"canonical":"https:\/\/www.anjela.org\/oberenn\/portrait-croise-danjela-duval\/","og_locale":"fr_FR","og_type":"article","og_title":"Portrait crois\u00e9 d\u2019Anjela Duval - Anjela Duval","og_description":"Nathalie Caradec L&rsquo;oeuvre abondante d&rsquo;Anjela Duval se pr\u00eate volontiers \u00e0 une analyse de type th\u00e9matique o\u00f9 se dessinent des lignes de force [&hellip;]","og_url":"https:\/\/www.anjela.org\/oberenn\/portrait-croise-danjela-duval\/","og_site_name":"Anjela Duval","article_modified_time":"2025-08-13T16:05:04+00:00","twitter_card":"summary_large_image","twitter_misc":{"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"40 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/www.anjela.org\/oberenn\/portrait-croise-danjela-duval\/","url":"https:\/\/www.anjela.org\/oberenn\/portrait-croise-danjela-duval\/","name":"Portrait crois\u00e9 d\u2019Anjela Duval - Anjela Duval","isPartOf":{"@id":"https:\/\/www.anjela.org\/oberenn\/#website"},"datePublished":"2017-09-21T22:16:13+00:00","dateModified":"2025-08-13T16:05:04+00:00","breadcrumb":{"@id":"https:\/\/www.anjela.org\/oberenn\/portrait-croise-danjela-duval\/#breadcrumb"},"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["https:\/\/www.anjela.org\/oberenn\/portrait-croise-danjela-duval\/"]}]},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"https:\/\/www.anjela.org\/oberenn\/portrait-croise-danjela-duval\/#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"Accueil","item":"https:\/\/www.anjela.org\/oberenn\/"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"Portrait crois\u00e9 d\u2019Anjela Duval"}]},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/www.anjela.org\/oberenn\/#website","url":"https:\/\/www.anjela.org\/oberenn\/","name":"Anjela Duval","description":"","publisher":{"@id":"https:\/\/www.anjela.org\/oberenn\/#organization"},"potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/www.anjela.org\/oberenn\/?s={search_term_string}"},"query-input":{"@type":"PropertyValueSpecification","valueRequired":true,"valueName":"search_term_string"}}],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"Organization","@id":"https:\/\/www.anjela.org\/oberenn\/#organization","name":"Mignoned Anjela","url":"https:\/\/www.anjela.org\/oberenn\/","logo":{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/www.anjela.org\/oberenn\/#\/schema\/logo\/image\/","url":"https:\/\/www.anjela.org\/oberenn\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/logo-mignoned-angela.png","contentUrl":"https:\/\/www.anjela.org\/oberenn\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/logo-mignoned-angela.png","width":248,"height":147,"caption":"Mignoned Anjela"},"image":{"@id":"https:\/\/www.anjela.org\/oberenn\/#\/schema\/logo\/image\/"}}]}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.anjela.org\/oberenn\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1803","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.anjela.org\/oberenn\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.anjela.org\/oberenn\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.anjela.org\/oberenn\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.anjela.org\/oberenn\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1803"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.anjela.org\/oberenn\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1803\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.anjela.org\/oberenn\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1803"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}